Jean Wemaëre « La formation professionnelle est la clé de notre compétitivité»
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Jean Wemaëre « La formation professionnelle est la clé de notre compétitivité»

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EnseignementJean Wemaëre « La formation professionnelle est la clé de notre compétitivité»

Ces dernières années ont vu émerger en France une prise de conscience collective sur l’enjeu économique et social de la formation professionnelle. Tout un secteur en ébullition se tient prêt pour faire renouer notre pays avec une croissance dynamique et durable. Le point avec Jean Wemaëre, Président de la Fédération de la Formation Professionnelle (FFP).

En quoi la formation professionnelle est-elle à un tournant en France ?

Jean Wemaëre – De nombreux progrès ont été réalisés depuis la loi Delors de 1971 et l’instauration d’un droit à la formation sur le temps de travail : le nombre d’adultes qui en ont bénéficié n’a jamais été aussi élevé dans notre pays, passant de 2 à 17 millions par an entre 1972 et 2012, soit une progression de plus de 700 %.

Mais les défis du monde contemporain demandent de faire mieux encore : la digitalisation, l’importance croissante des actifs immatériels et le besoin d’accompagner les innovations qui touchent l’ensemble des secteurs, la robotisation et le phénomène d’« hyperdestruction créatrice » des emplois – selon un rapport du Sénat, les deux tiers des écoliers actuellement en classes maternelles occuperont des emplois qui n’existent pas encore aujourd’hui –, l’intensité croissante de la concurrence internationale, la nécessité de renforcer l’employabilité de nos concitoyens et d’accroître la compétitivité de nos entreprises et territoires…
Tous ces défis font que le développement des compétences n’a jamais été aussi stratégique. Investir dans le capital humain est aujourd’hui plus impactant pour la croissance de long terme que d’investir dans l’industrie productive ou les baisses de charges salariales.

Face à de tels enjeux, ces dernières années ont été marquées par une vraie prise de conscience nationale. Un changement de paradigme est en marche pour la formation professionnelle en France, de nombreux signaux positifs en témoignent. La loi systémique du 5 mars 2014 a permis à la formation de changer de statut, passant d’une obligation légale de dépense – autrement dit, d’une charge perçue – à un investissement stratégique pour l’entreprise. Autre signe révélateur : en 2015, pour la première fois en France, le développement du capital humain a émergé comme une priorité stratégique pour les directeurs financiers.

Dans le cadre d’une mission animée par la FFP sur mandat des ministères de l’Économie et du Travail, nous avons pris le pouls des entreprises et révélé qu’effectivement, « La formation change de dimension » : un consensus s’y est fait jour, de même que chez les économistes et les responsables politiques présents lors de notre manifestation du 18 novembre au Conseil Économique Social et Environnemental pour témoigner de  l’importance du capital humain et de la formation professionnelle en faveur de la compétitivité. Cet événement sans précédent a rencontré un franc succès : notre hashtag #CapHumain a été le cinquième le plus retweeté de France !

 

En quoi cette mobilisation autorise-t-elle à être optimiste pour l’avenir ?

J. W. – La France ne démérite pas dans les grands classements internationaux, mais elle connaît un vrai déficit en compétences de base et en qualifications. Le taux de participation à des formations y est plus bas qu’ailleurs : 36 %, contre 50 % en moyenne dans l’OCDE. Six millions de français sont par ailleurs encore touchés par l’illettrisme. En un sens, ces voies d’amélioration sont de bonnes nouvelles ! Elles signifient que la France n’est pas dans l’impasse, que nous bénéficions d’un potentiel de croissance réel, à portée de nos mains, et qui ne demande qu’à être valorisé. Selon le think-tank Terra Nova, un investissement de l’ordre de grandeur du Pacte de Responsabilité (environ 30 milliards d’euros) dans des formations qualifiantes à destination des salariés peu diplômés et de ceux de plus de 45 ans se traduirait, au niveau national, par un accroissement de 5 % du PIB du pays, soit un retour sur investissement de près de 400 %. Une heure de formation continue supplémentaire par salarié entraînerait une progression de 0,5 à 0,7 point de pourcentage de la croissance de la productivité du travail. En d’autres termes, la formation professionnelle est la clé de notre compétitivité et de notre croissance durable.

 

#LetsgoFrance, qu’est-ce que ce leitmotiv vous inspire ?

J. W. – La France a tous les atouts pour faire du capital humain sa nouvelle énergie ! Notre pays bénéficie d’un secteur de la formation ouvert, innovant et de qualité, porté par 150 000 professionnels aussi dévoués qu’exigeants, rompus au travail en réseau et emmenés par une fédération, la FFP, représentative et engagée depuis vingt ans au service de la croissance durable de nos territoires. Notre secteur est en train de se réinventer, grâce à une révolution digitale qui n’a jamais autant ouvert le champ des possibles en matière d’innovation, pédagogique comme technologique : pensons par exemple au succès du « Blended-Learning », cet apprentissage hybride qui se fait à la fois en ateliers physiques et à distance. 

Des grands organismes présents dans le monde entier aux startups disruptives, en passant par les nombreuses PME spécialisées dans la formation qui maillent le territoire au plus près des besoins des entreprises et des apprenants, le savoir-faire français dans l’apprentissage professionnel est internationalement reconnu, avec des innovations particulièrement remarquables dans l’enseignement des langues ou la méthodologie d’évaluation des compétences. Notre pays est aussi très engagé dans la promotion de la normalisation de la qualité de la formation au sein des groupes de travail internationaux : il y a un vrai enjeu de soft power dans ces négociations et nous avons bien l’intention de nous faire entendre.

#LetsgoFrance, c’est cette formidable dynamique qui est en marche : les acteurs de notre secteur sont mobilisés et plus que jamais déterminés à travailler ensemble. Mais nous serons encore plus forts si nous menons notre action au sein de l’Union européenne. #LetsgoFrance, oui, mais avec l’Europe !

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