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Le Duc des Lombards, à Paris, est un club de jazz mythique des années 1980. ©Philippe Marchin
Musique
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La France, paradis du jazz !

Président du groupe de communication Makheia et propriétaire de Jazz Magazine, journal mythique créé en 1954, Edouard Rencker célèbre cette France qui s’est imposée très tôt comme une terre d’élection du jazz. Un domaine musical né en Amérique mais que l’Hexagone a enrichi et sublimé depuis les années 1920.

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rea_215588_011_edouard_rencker.jpg, par AdminLetsGo

Le jazz est une création américaine née de la rencontre fortuite de traditions ancestrales portées par les esclaves africains et d'harmonies classiques. Comment s’est-il acclimaté à la France ?

E. R. : La France est très vite devenue une terre d’accueil pour ce nouveau genre musical qui s’est fait connaître du public lors de la première guerre mondiale avec l'arrivée des troupes américaines accompagnées d'orchestres de jazz. Dès 1917, les Black Devils du 350e Field Artillery Band donnent des concerts en France ; et en 1918, débarquent à Brest les Blacks Rattlers, un régiment d’infanterie de New-York composé exclusivement de noirs, intégrant un orchestre fameux dirigé par, ça ne s’invente pas, Jim Europe, illustre compositeur et chef d’orchestre.

Phénomène musical majeur des Années Folles, le jazz fascine les plus grands compositeurs français de l’époque, tels Erik Satie, Darius Milhaud ou Maurice Ravel. Ils se sont emparés des immenses ressources de cet « ailleurs musical » porteur d’un profond renouvellement esthétique. La rencontre entre jazz et musique savante a marqué des œuvres comme Le Bœuf sur le Toit de Darius Milhaud. Précurseur, Satie s’est même intéressé au ragtime dès les années 1890 et a été l’un des premiers à intégrer des influences jazzistiques à une œuvre classique avec sa suite « Jack in the Box » (1899). Tous ont été conquis par l’énergie du jazz, le rythme syncopé, les sonorités nouvelles, et ont inauguré une ère nouvelle faite de métissages artistiques et de décloisonnement des styles musicaux.

La réciproque est vrai : Bill Evans, que l’on qualifiait parfois d’artiste « impressionniste », se disait très influencé par Debussy qu’il citait comme un de ses compositeurs favoris.

Miles Davis, quant à lui, écoutera toute sa vie Igor Stravinsky ou encore Rachmaninov. Certains estiment même que certaines de ces influences se retrouvent sur l’album mythique « Kind of Blue ».

 

Cet Age d’Or s’est-il poursuivi ?

E. R. : Pays de culture et de transgression artistique qui n’a jamais connu la ségrégation raciale, la France réunit d’inappréciables d’atouts pour attirer des musiciens venus de la scène américaine et du monde entier. Les plus grands d’hier et d’aujourd’hui, tous ou presque, passeront par Paris. Citons par exemple : Louis Armstrong, Dizzy Gillespie, Sidney Bechet, Miles Davis, Charlie Parker, Ella Fitzgerald, Oscar Peterson, Thelonius Monk, Nina Simone… puis aujourd’hui sa fille, Lisa, star francophone qui a sublimé la dernière édition du Jazz Magazine Festival début 2018. Tous ont toujours considéré la France comme un passage obligé de leur carrière et de leur art.

 

Inversement, le jazz hexagonal s’exporte très bien. Sa créativité est unanimement reconnue et ses meilleurs ambassadeurs portent très haut les couleurs du jazz. On retiendra, par exemple, René Urtreger (qui accompagna Miles Davis) Martial Solal (immense compositeur de la musique de « A bout de souffle »), sans oublier Michel Petrucciani, (auquel nous allons rendre hommage pour les 20 ans de sa disparition) ou Django Reinhardt. Ambassadeurs mais aussi ambassadrices, car les talents au féminin font aussi l’honneur de cette musique, je pense par exemple à la saxophoniste Géraldine Laurent, héritière d’une brillante lignée de saxophonistes de renom planétaire comme Michel Portal ou François Jeanneau. Et comment ne pas avoir une pensée pour le violoniste Didier Lockwood récemment disparu?

 

Que représente le jazz pour vous ?

E. R. : L’art de l’improvisation, la liberté, la créativité. Un état d’esprit, notamment l’esprit rebelle et l’esprit d’équipe. Le jazz est toujours une aventure d’équipe et le fruit de l’écoute mutuelle entre les musiciens d’un ensemble, qu’il s’agisse d’un trio, d’un quartette ou d’une grande formation. C’est à cela que tient la magie du jazz.

 

Quel est votre plus grand souhait pour la scène jazzistique française ?

E. R. : Davantage de scènes disponibles. Et surtout qu’elle continue à être aussi riche et inventive.


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