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©Olga Besnard / Shutterstock.com - Le Salon du Livre célèbre en 2019 la richesse du patrimoine littéraire européen, en lui consacrant une scène qui rassemblera jusqu'à 100 auteurs venus de toute l'Europe.
Salon du livre
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Lire, écrire, publier : le regard d’un éditeur sur ce qui fait aussi la France

David Meulemans a fondé en 2010 la maison d’édition « Les Forges de Vulcain. » A l’occasion du Salon du Livre de Paris, il nous expose ses convictions sur son métier et sur le monde du livre et le rapport des Français à ce produit culturel et économique « fétiche ». Entretien à livre ouvert, comme il se doit.

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david_meulemans.jpg, par AdminLetsGo

Quelles sont les principales caractéristiques du métier d’éditeur ?

David Meulemans : Le métier d'éditeur consiste à trouver des lecteurs et lectrices à des textes. Si bien qu'il mêle deux types de compétences, des compétences intellectuelles, et des compétences commerciales.

Dans cette perspective, on considère qu'il existe deux manières d'échouer dans ce métier. Première manière : faire de très bons textes, mais ne pas réussir à les vendre. Deuxième manière : réussir commercialement, mais perdre de vue que le but est d'être fier des textes que l'on diffuse.

Pour résumer, éditer, c'est vendre des livres... pour pouvoir continuer à faire des livres dont, idéalement, on tire de la fierté. Ainsi, c'est un métier dont un des charmes est, au sein de la même journée, d'alterner des activités très variées, mais toutes orientées vers la même fin : vendre des livres.

 

Y a-t-il une spécificité de l’édition française ?

D.M : Il y en a plusieurs. La France est un pays qui traduit beaucoup de textes étrangers, et des textes de nombreux pays. Cela distingue la France. C'est aussi un des pays où beaucoup de gens veulent être publiés. Dans tous les pays, l'édition est un marché de l'offre, mais la France a poussé cette logique très loin, dans une surproduction excessive et souvent inutile. Inutile au sens économique et intellectuel. Beaucoup de livres ne servent pas l'intérêt général, ou ne répondent pas aux attentes des lecteurs, mais servent d'autres logiques : le désir viscéral d'être publié - ou une logique de communication.

Une dernière caractéristique est le niveau élevé de professionnalisme, même si les éditeurs américains restent sans doute plus méthodiques.

Enfin, la France est un pays où les éditeurs continuent d'avoir un rapport direct avec leurs auteurs - contrairement aux États-Unis, les agents ne se sont pas encore imposés chez nous comme un maillon incontournable de la chaîne du livre. 

 

Qu’est-ce qu’un « grand auteur » selon vous ?

D.M :  Un grand auteur est capable de parler à l'esprit du temps, tout en s'en émancipant. Il vit dans deux temporalités distinctes : l'actualité et l'éternité. De même, il est à la fois très particulier, et très universel. On pourrait dire qu'il entre si radicalement dans son caractère particulier qu'il finit par atteindre une couche d'universalité, qui fait que chaque lectrice, chaque lecteur, se reconnaîtra dans ses textes.

En ce sens, le triomphe du "grand auteur", c'est qu'il apporte aux lectrices et lecteurs non pas ce qu'ils désirent, mais ce dont ils ont besoin, et dont ils n'étaient peut-être pas conscients. La grande romancière, ou le grand romancier, produisent ainsi des œuvres inouïes, inattendues : après coup, on trouve logique, naturel, explicable, le surgissement de leur œuvre - mais cette apparition n'était pas prévisible, et ne pouvait être ni organisée, ni provoquée. En ce sens, le "grand auteur" ne sert pas tant les lecteurs que l'intérêt général.

 

Le livre et la littérature sont-ils encore des vecteurs du rayonnement de la France dans le monde ?

D.M : Oui, même si les Français n'ont pas tous pris la mesure d'un fait pourtant incontournable : pour intéresser le monde entier, il faut parler au monde entier. En littérature comme dans les arts plastiques, il y a eu une rupture dans les années 60. La France, qui était jusqu'en 1960 un phare, a perdu de son pouvoir de fascination. Les écrivains américains qui ont plus de soixante-dix ans conservent une bonne connaissance des lettres françaises et ont lu Camus ou Beauvoir. Mais les écrivains américains plus jeunes ont pour références des auteurs américains. Le dernier grand auteur français, c'est peut-être Camus. Du moins, si l'on ne tient compte que des auteurs qui sont devenus des références internationales.

Pour être publiés, pour exister, les auteurs français actuels ont tendance à se laisser influencer par la presse et l’environnement français. Ils répondent à des attentes immédiates mais manquent d'ambition, de méthode, de vision. Pour dire les choses de manière brutale, ce qui fait qu'un texte fonctionne en France peut être un obstacle à son succès à l'international. Le livre et la littérature peuvent redevenir des vecteurs de rayonnement - mais il va falloir changer notre rapport au monde. Parler un peu moins de la France, et un peu plus de l'humanité, peut-être.


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