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L’Usine Extraordinaire, vitrine d’une France à la reconquête de son industrie

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9 min

Du 22 au 25 novembre, le Grand Palais accueille un événement au nom venu tout droit d’un film de Tim Burton ou d’un roman de Rudyard Kipling : « l’Usine Extraordinaire ». Son but : dévoiler les coulisses de l’usine contemporaine pour changer le regard des Français sur un secteur entré de plain-pied dans la révolution numérique et qui, plus que jamais, a besoin des jeunes générations pour assurer son avenir et celui du pays. Entretien avec Bruno Grandjean, président de l’Alliance industrie du futur (AIF) et de la Fondation Usine Extraordinaire.

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bruno_grandjean_cchristian_morel.jpg, par AdminLetsGo

Vous avez fait le pari fou, avec l’AIF, de relever tout un pan de l’économie française en déclin. D’où vous vient cet amour pour l’industrie qui vous fait déplacer des montagnes ?

Bruno Grandjean – Mon grand-père a créé une entreprise dans les années d’après-guerre où a travaillé également mon père. J’ai donc connu très jeune l’ambiance des usines et nourri un attachement fort à cette communauté. C’est ce qui a fait progressivement de moi un militant pour la cause de l’industrie, en devenant président d’une petite association puis, un peu pris au jeu, de l’Alliance industrie du futur : c’est aujourd’hui la seule structure nationale qui se consacre à 100% à la reconquête industrielle de la France – avec, à sa tête, un patron de PME, ce qui n’est pas commun et délivre un message fort en soi.

 

 

 

Pourquoi est-il urgent de réenchanter l’industrie en France, notamment auprès des jeunes générations ?

B. G. – Quand nous avons cherché à comprendre pourquoi la France avait laissé son industrie péricliter, nous nous sommes aperçus que le problème était avant tout culturel. Dans les années 1980, nos politiques et intellectuels ont parié que la société allait devenir « post-industrielle » (c’était le titre d’un livre d’Alain Touraine) : que, comme l’agriculture avait laissé la place à l’industrie, l’industrie allait laisser la place au tertiaire, que c’était le sens de l’Histoire. Tout a été pensé depuis à l’aune de ce choix du fabless : les grandes filières industrielles françaises n’ont plus été considérées comme stratégiques et ont progressivement perdu de leur superbe, on a laissé des fleurons disparaître et les écoles d’ingénieur se désintéresser du secteur, on a mis en place une fiscalité anti-made in France… La crise de 2008 est venue accélérer ce déclin annoncé de l’industrie française.

C’est une erreur d’analyse historique qu’on paie gravement aujourd’hui, car on se rend compte que notre pays a plus que jamais besoin de l’industrie, qui crée des emplois et assure une stabilité sociale dans les territoires, pour rester prospère. C’est tout le propos du livre de Pierre Veltz, La société hyper-industrielle.

Ce diagnostic étant posé, il s’agit maintenant de reconquérir les esprits : celui du grand public, des médias, des enseignants, des hauts fonctionnaires qui trop souvent sont éloignés du monde de l’usine, et plus encore celui des jeunes, qui sont la clé du renouveau de l’industrie française. Il est une priorité nationale de faire en sorte que les talents fassent le choix de l’industrie, que celle-ci ne soit plus à leurs yeux une filière d’échec, un endroit où l’on atterrit quand on ne sait rien faire d’autre.

 

Comment vous est venue l’idée de l’Usine Extraordinaire ?

B. G. – En réfléchissant aux actions à mettre en œuvre, nous avons découvert qu’il existait en France un endroit qui, un peu comme dans Astérix, résistait bien à la vague de désindustrialisation des dernières décennies : la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie. Or c’est parce que ce territoire a su garder, du moins renouveler le lien qui existait entre les industriels et le tissu social local en ouvrant chaque année, pendant une semaine, une usine éphémère aux élèves, enseignants et leaders d’opinion de la région. Nous avons trouvé cette idée géniale et décidé de la répliquer à l’échelle nationale pour marquer les esprits.

 

Le Grand Palais, érigé sur le site du Palais de l’Industrie il y a 120 ans, est un lieu symbolique à plus d’un titre…

B. G. – Oui, il est sorti de terre à une période d’intense créativité pour la France qui inventait l’aviation, l’automobile, la fée électricité, le cinéma… Or ces innovations ne venaient pas de l’État mais d’une société bouillonnante, peuplée d’entrepreneurs en phase avec la modernité. Il est d’ailleurs fabuleux de se dire qu’un des grands mécènes de l’Usine Extraordinaire, le groupe Fives, construisait à l’époque le Pont Alexandre III et fabrique aujourd’hui, entre autres, des imprimantes 3D : l’industrie est pérenne si elle sait se réinventer !

 

Qu’est-ce qui, à vos yeux, caractérise une usine inspirante pour les Français et les Françaises ?

B. G. – Je garde un peu de suspense avant le 22 novembre ! Mais il est clair qu’aujourd’hui, avec le numérique, le monde de l’usine a totalement changé de visage : les écrans sont partout – 2 à 3 en moyenne par salarié dans ma propre entreprise, Redex, si l’on compte les Smartphones, les PC fixes et portables, les commandes des machines et des robots – ; les machines y sont beaucoup plus sécurisées, plus intelligentes, ce sont elles qui s’adaptent à l’homme et non l’inverse, ce qui a totalement transformé le travail.

L’Usine Extraordinaire dévoile aussi un lieu très inclusif où l’on peut s’épanouir : on est loin de l’exploitation et de la conflictualité des Temps Modernes ; il n’y a pas de « bullshit jobs » dans l’industrie d’aujourd’hui mais une véritable méritocratie, où des chercheurs à bac+8 cohabitent avec des apprentis au service d’une même cause et d’une même possibilité de réalisation.

 

Est-ce une usine où la femme a davantage sa place ?

B. G. – C’est un vrai sujet. La place des femmes dans l’usine est un marqueur très fort de la modernité d’une industrie et de sa capacité à être en phase avec la société. Or force est de constater que la France est en retard sur ce point : avec des écoles d’ingénieurs qui enregistrent des taux de féminisation inférieurs à 30 %, il n’est pas étonnant de voir les jeunes filles se détourner de l’industrie…  D’où le partenariat de l’Usine Extraordinaire avec l’association Elles bougent, pour tenter de changer la donne.

 

L’industrie pour laquelle vous militez a-t-elle une « French Touch » ?

B. G. – Disons que nous avons pris conscience, à travers les actions d’un Michelin, ou même d’un Toyota et de nombreuses ETI en France, que le meilleur moyen de rattraper le retard accumulé était de travailler sur l’implication des équipes, d’en faire des partenaires, avec des programmes d’intéressement à la réussite de l’entreprise, et de transformer les usines en des lieux de collaboration efficace et intelligente. Je crois que c’est une approche très française, quand nos confrères allemands misent beaucoup plus sur la technologie. Il en faut aussi, mais nous tendons à penser en France qu’une organisation moins hiérarchisée, plus responsabilisante, dans laquelle le travail a plus de valeur, est une des clés d’une organisation performante.

 

L’idée de l’Usine Extraordinaire est née en région. A-t-elle vocation à se décliner à nouveau sur les territoires français ?

B. G. – Bien  sûr. Il est clair qu’au Grand Palais, nous voulons avant tout créer l’événement. Mais il est essentiel de décliner ensuite cette initiative à travers tous les bassins d’emploi, les territoires industriels français, pour faire en sorte que tous nos jeunes, en phase d’orientation, aient pu voir de leurs yeux la réalité de l’usine d’aujourd’hui.

 

Vous semblez beaucoup miser sur l’interdisciplinarité, la réunion autour de la table du plus grand nombre de parties prenantes (industriel.le.s, partenaires sociaux, enseignant.e.s, formateur-ice-s…) pour faire avancer votre cause…

B. G. – C’est essentiel. L’industrie s’est fortement décloisonnée : avant, on travaillait dans la mécanique, l’électrique, etc. ; aujourd’hui on hybride les technologies. La frontière entre industrie et services est elle-même devenue très poreuse : beaucoup d’industriels offrent des services et inversement, des entreprises de services se mettent à fabriquer des objets. Nous ne réussirons notre pari de la reconquête industrielle de la France que si nous parvenons à faire tomber les dernières barrières qui subsistent entre les industriels, le corps enseignant et les chercheurs : une industrie moderne se nourrit d’intelligence collective, et pour cela elle a besoin d’un système de formation performant et d’une continuité entre la recherche fondamentale et l’application. À nous d’accélérer cette réconciliation.

 


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