Pour Bruno Cavalier, les signes de la reprise sont là
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Pour Bruno Cavalier, les signes de la reprise sont là

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AnalysePour Bruno Cavalier, les signes de la reprise sont là

A la veille du Forum économique mondial, qui se tient du 17 au 20 janvier 2017 à Davos, Bruno Cavalier, chef économiste à Oddo Securities, pose un regard positif sur l’avenir de la France.

Quelle est votre vision de l'état de l'économie mondiale actuellement ?

Bruno Cavalier : La situation actuelle est quasiment aux antipodes de celle du début 2016 ! Souvenez-vous, à l'époque, la crainte des économistes était la déflation, induite par un cours du brut très bas, d'une part, et l’essoufflement de la croissance chinoise, de l'autre. Or un an plus tard, le prix du pétrole remonte et semble se stabiliser autour de 50 dollars le baril, ce qui, grosso modo, convient aux producteurs comme aux importateurs. Il n’y a pas eu de krach chinois et le sentiment général est à la « réflation », avec un redressement des prix, des salaires et de la croissance. Certes, la croissance est modeste mais elle est là, et l'on constate un rebond en matière de climat des affaires, aussi bien outre-Atlantique qu'en Europe et en Chine.

 

Et que pensez-vous de l'économie européenne ?

B.C : J'ai un avis très positif sur l'économie européenne ! Je suis au-dessus du consensus des économistes... Non seulement la reprise est plus forte qu'anticipée, mais en plus, l'Europe s'est montrée particulièrement résistante, notamment face à divers chocs géopolitiques, comme le conflit en Ukraine, le Brexit et le terrorisme. Cette embellie a pour corollaire une baisse du chômage et une reprise du crédit, sur fond de politique monétaire et budgétaire assouplie.

 

Dans ce contexte porteur, comment se comporte la France ?

B.C : La France est un peu en retard sur la reprise, mais c'est classique : nous souffrons moins lors des crises économiques, en raison des amortisseurs mis en place sous forme de transferts sociaux, par exemple, mais en contrepartie, ces mêmes amortisseurs nous freinent un peu dans la remontée. Toujours est-il que nous avons presque rattrapé notre retard, comme l'indiquent à la fois la croissance - même si elle est encore modeste, l'amélioration du climat des affaires, la reprise de l'investissement, la hausse de la confiance des ménages, des perspectives plus solides en matière de demande, et enfin la baisse des craintes concernant le chômage. Et sur ce dernier indicateur, il y a bien - enfin - inversion de la courbe ! Dernier élément : la construction, un secteur resté à l'écart de la reprise et qui, depuis le deuxième semestre 2016, se relève, comme on le constate avec l'augmentation des demandes de permis de construire.

 

Vous êtes donc optimiste sur la performance économique de la France à venir ?

B.C : Oui, mais à condition que les problèmes structurels soient pris à bras le corps ! Si nous nous comparons à l'Allemagne, nous souffrons encore trop du chômage et de l'endettement public. Imaginez l'Europe comme un corps avec une colonne vertébrale déformée (puisque l'Allemagne et la France ne sont pas au même niveau), ce corps marcherait bien mieux si sa colonne était droite.

 

Pensez-vous que les prochaines échéances électorales fourniront à la France l’occasion de s'attaquer aux problèmes structurels ?

B.C : C'est en tout cas la perception générale : la probabilité que des réformes soient mises en œuvre après les élections augmente. L'autre bonne nouvelle, c'est que l'idée reçue selon laquelle notre pays est irréformable n'a plus cours. Une partie du personnel politique – et je pense en particulier à certains candidats à la prochaine présidentielle – n'est pas, ou plus, dans le déni des problèmes. La crise de 2008 a été pour nombre de pays un réveil, un appel au changement. Chez nous, c'est avec un certain retard que nous prenons la mesure des problèmes... Toujours est-il que plusieurs candidats posent aujourd'hui le diagnostic et cherchent des solutions viables, ce qui nous laisse espérer des réformes à venir - menées, qui plus est, plus rapidement et de façon plus simple qu'auparavant. 

 

 

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