Stéphane Le Tavernier : « Le succès des artistes français à l’étranger n’est pas prêt de s’arrêter »
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Stéphane Le Tavernier : « Le succès des artistes français à l’étranger n’est pas prêt de s’arrêter »

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MusiqueStéphane Le Tavernier : « Le succès des artistes français à l’étranger n’est pas prêt de s’arrêter »

Stéphane Le Tavernier, Président de Sony Music Entertainment France et président du Syndicat National de l’Edition Phonographique (SNEP) a livré à #LetsgoFrance sa vision du paysage musical français. Il se félicite aujourd’hui de la bonne santé du secteur, après une longue période de mutation.

Comment se porte l’industrie musicale française ?  

Stéphane Le Tavernier : L’industrie musicale se porte enfin bien. Elle a fait preuve de beaucoup de résistance pour tenir bon pendant une longue période de mutation. Ces dix dernières années, nous avons connu une crise très importante avec le piratage sur Internet, qui a failli tuer la production. Sans la rémunération des ayant-droits, les maisons de disques ne pouvaient plus investir dans la création future. Cela ne veut pas dire qu’Internet n’a pas aussi été un formidable accélérateur. Aujourd’hui, nous sommes partenaires des plateformes de streaming car elles assument leur statut d’éditeurs. Elles développent des modèles de plus en plus sophistiqués qui créent de la valeur. L’industrie musicale a donc prouvé qu’elle était solide par essence car elle a su se réinventer, et s’adapter aux nouveaux usages.

 

Le modèle économique est-il stabilisé en France ?

Les usages ont beaucoup évolué depuis 10 ans, avec de nombreuses créations et de nombreuses disparitions. Avec le streaming, l’usage s’installe et il semble donc que le modèle économique se structure davantage. Un nombre exponentiel de personnes utilise désormais cette solution au quotidien pour écouter de la musique. Que ce soit avec Deezer, Spotify, Apple Music ou Tidal, les utilisateurs y sont fidèles car le service est excellent, avec la possibilité d’écouter de très nombreux titres. C’est très réconfortant pour l’avenir. 

 

 « En France, les artistes ont toujours la volonté de faire différemment »

 

Quels sont les points forts de l’industrie musicale française ?

En France, nous avons toujours eu la volonté de faire différemment. Contrairement à d’autres pays, la France a su préserver sa production locale. Nous avons beaucoup parlé récemment des quotas de chansons francophones à la radio. L’exposition de la langue française est très importante car elle encourage les artistes français à chanter dans leur langue maternelle et limite l’uniformisation de la musique sur le modèle anglo-saxon. 

 

Peut-on encore parler d’une exception culturelle française ?

La création française est toujours vivace. Nous sommes parfois critiqués à l’étranger sur l’économie ou sur notre manque de discipline. Nous avons en revanche toujours été enviés pour notre savoir-vivre et la création artistique française. Les anglo-saxons dominent certes largement l’industrie musicale mondiale, mais ils prêtent toujours une oreille attentive aux artistes français.

Il y a plus de dix ans, nous parlions de la « French Touch » pour désigner la vague d’artistes français de musique électronique, comme Air ou Daft Punk, qui rayonnaient à l’international. Aujourd’hui, la vague comprend également des chanteurs francophones comme Christine & The Queens, Stromae ou Maitre Gim’s.

 

« Le streaming a une influence sur le retour du vinyle. »

 

Le vinyle, effet de mode ou tendance de fond ?

La progression actuelle du vinyle en France correspond à la fois à un effet de mode et à une tendance de fond. Soyons réalistes, beaucoup de vinyles achetés servent surtout à la décoration. Mais en parallèle, certains indicateurs sont très encourageants. Les ventes d’équipements hifi sont par exemple à nouveau à la hausse. Cela pousse à croire que l’appétit pour le vinyle va durer. 

 

Comment expliquez-vous ce succès ?

Il y a, depuis quelques années, un très bon mouvement général autour de la musique. Cela peut sembler paradoxal mais je pense que le streaming a une influence sur le retour du vinyle. Internet permet aujourd’hui d’écouter beaucoup de nouveautés et de redécouvrir des catalogues plus anciens. Les nouvelles générations ont aussi l’opportunité de faire l’apprentissage de l’histoire de la musique, beaucoup plus facilement et rapidement qu’auparavant. Les auditeurs font ensuite des choix pour posséder en vinyle leurs titres favoris. Il ne faut pas oublier la dimension émotionnelle de la musique. Les passionnés attachent un rapport très personnel à l’objet.

 

Les festivals se développent beaucoup en France. Est-ce une manière de maintenir les recettes pour l’industrie musicale ?    

Nous connaissons un véritable « phénomène live » en France, avec beaucoup de festivals à dimension internationale. Mais la progression des festivals en France ne sera pas sans limite car les programmateurs doivent tenir compte du nombre restreint de têtes d’affiche. Beaucoup de festivals sont donc sur le même registre avec des programmations d’artistes similaires. C’est pourquoi il est important d’encourager la diversité musicale.

Avec Sony Music, nous sommes par exemple co-producteur du festival We love Green à Paris. depuis 3 ans. L’événement organisé chaque année début juin connaît un engouement impressionnant, près de 50000 festivaliers cette année, et cela grâce à un parti-pris fort : associer la musique, les débats citoyens et les engagements environnementaux. 

 

Comment Sony Music France encourage-t-il la création française ?

Sony Music France est associé à de nombreux tremplins qui ont pour but de faire émerger les jeunes talents. Nous étions par exemple engagés avec l’émission Nouvelle Star, qui a révélé des artistes ayant fait carrière, comme Christophe Willem, Camélia Jordana ou Julien Doré. Mais le recrutement de talents passe aujourd’hui beaucoup par Internet qui permet à Sony Music de recevoir de plus en plus de maquettes, parmi lesquelles nous identifions les futures pépites.  

Pour encourager la diversité musicale, Sony Music France a également développé une stratégie de partenariats avec des structures de création indépendantes, qui soutiennent le développement d’artistes issus de réseaux différents.


Top 3 - la sélection de Stéphane Le Tavernier

 

  • Jain : cette jeune artiste auteur-compositeur, qui monte dans les classements musicaux français, sera présente cet été dans de nombreux festivals. Je crois beaucoup en elle et dans son potentiel à l’international
  • Julien Doré : avec un nouvel album au sommet de la maîtrise de son univers artistique, l’artiste révélé par la Nouvelle Star va prendre une nouvelle ampleur et a tout le talent nécessaire pour briller au-delà de nos frontières
  • Maître Gims : dans un autre style, Maître Gims n’en finit plus de nous impressionner. Après avoir conquis toute la France, il connaît actuellement un succès à l’international
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