2e partie de l’entretien avec Dominique Lamoureux, directeur éthique et responsabilité d'entreprise de Thales, sur les challenges relevés par la future loi Sapin II dans la prévention de la corruption et sur l’approche française de ce sujet. Entretien dans les locaux du Global Compact France.

Quel pourra être l’impact de l’agence qui naîtra de la loi Sapin II ?

J’espère que l’agence qui sera mise en place aura les moyens de son ambition, qu’elle puisse dialoguer avec les entreprises, les ONG comme Transparency International,  et le Global Compact  avec pour objectif une réflexion commune et des solutions responsables. Ce qui est important pour moi, c’est l’interaction avec les administrations de Bercy, ministère de l’Économie et des finances, de la place Vendôme, ministère de la Justice, du Quai d’Orsay, ministère des Affaires Étrangères, et la capacité à mettre autour de la table la société civile, l’État, le Medef, sans stéréotype et avec courage.

 

"En France, nous sommes en train de créer une intelligence collective et pouvons aller plus loin." Dominique Lamoureux, directeur éthique et responsabilité d'entreprise de Thales.

 

Quelles seront les grands challenges pour nos entreprises quand la loi Sapin II entrera en vigueur ?

Soyons réalistes, si les grandes entreprises internationales ont, depuis longtemps, mis en place des programmes de prévention, il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour les entreprises de taille intermédiaires (ETI), et encore plus pour les petites et moyennes entrepreneurs (PME) C’est un gros investissement. Les grandes entreprises peuvent développer des stratégies pour s’abstenir de la sollicitation-extorsion en s’aidant du réseau diplomatique consulaire, par exemple. Thales développe un business model autour du partenariat, de la coopération avec nos clients: nous proposons plutôt de créer des emplois, de faire du développement industriel et de la coopération technologique etc. Cette approche est dans la droite lignée du « Going global » que prône le président de Thales et pour laquelle nous mettons en œuvre des moyens importants. Nous ne sommes pas qu’un exportateur : nous devenons un acteur à part entière, partenaire de la croissance d’un pays. Cependant cette approche est plus complexe à mettre en place pour les ETI qui ont besoin d’être accompagnées.

Et c’est là le défi de nos pouvoirs publics : comment lutter contre la corruption passive, avec exigence et férocité, à tous les niveaux.
Thales a mis en place un Code of conduct for the supply chain pour aider nos fournisseurs dans ces situations ; Comment les aider ? Comment leur apporter notre appui ? En France, nous avons conscience de cette responsabilité. Une ETI, qui est fournisseur d’une grande entreprise sur un marché internationale, est assez protégée par les engagements que prend justement la grande entreprise. Ce n’est pas le cas pour les ETI plus isolées.

 

"Il faut faire confiance aux individus, travailler sur les comportements et l’appropriation, valoriser le partage." Dominique Lamoureux, directeur éthique et responsabilité d'entreprise de Thales

 

En matière de conformité, existe-t-il une approche à la française ?

Deux approches sont possibles : d’une part l’approche value-based*, behave your best*, fondée sur les comportements et les valeurs, et d’autre part, l’approche rule-based**, où l’on se contente de cocher les cases d’un formulaire purement déclaratif. Une nouvelle fois, la complexité des relations entre les acteurs économiques, la complexité des échanges font qu’on ne peut plus cocher les cases dans un tableau. Il faut élever la question et pour cela, valoriser deux choses : l’intelligence de chacun dans l’entreprise comme à l’extérieure, et l’adhésion. Ne mettons pas l’accent sur les ordres, les instructions et l’obéissance mais plutôt sur le partage des enjeux et des risques. Apportons de l’aide et de l’écoute aux collaborateurs ! Il faut faire confiance aux individus, travailler sur les comportements et l’appropriation, valoriser le partage, avoir une approche bottom-up. En France, nous sommes en train de créer cette intelligence collective et pouvons aller plus loin.

 

*approche basée sur les valeurs et les comportements des individus.
**approche basée sur le strict respect des lois.

 

Propos recueillis par Françoise Bergé, associée Risk Assurance & Advisory services, chez PwC France.

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Qu’est-ce que Global Compact France ?

Représentante officielle du Global Compact des Nations Unies, Global Compact France est une association lancée par le Président de la République Jacques Chirac et le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, en 2003. Sa mission est de stimuler l’échange, afin d’initier, de développer et de partager les démarche de responsabilité sociétale de tous types d’entreprises et d’organisation à but non lucratif. Elle représente à ce jour la plus large initiative internationale d’engagement volontaire en matière de développement durable. 

 

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Retrouvez la première partie de l'entretien en cliquant sur le lien ci-après : 

Dans la lutte contre la corruption, la France choisit l’intelligence collective

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