Ces innovations françaises qui révolutionnent la sécurité dans nos assiettes et plus …
Sécurité alimentaire

Ces innovations françaises qui révolutionnent la sécurité dans nos assiettes

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Sécurité alimentaireCes innovations françaises qui révolutionnent la sécurité dans nos assiettes

Plus qu’ailleurs dans le monde, les Français sont hyper vigilants à ce qu’ils mangent au regard de leur santé. Bonne nouvelle, ils sont aussi parmi les plus innovants en matière d’alimentation ! Zoom sur deux PME prometteuses qui parient sur la numérisation des sens humains pour détecter les intoxications, améliorer les produits… et plus encore.

Les robots n’ont jamais été aussi près de voir, entendre, toucher, goûter et sentir au même titre que l’être humain. Au-delà du défi scientifique, le développement de ces technologies est en train de révolutionner l’agroalimentaire, domaine où le contrôle de la qualité et de la sécurité des produits est hautement stratégique, face à des consommateurs de plus en plus inquiets et donc exigeants. En 2016, 79 % des Français jugent ainsi « probable » le risque que les aliments nuisent à leur santé, alors qu’ils étaient 59 % en 2014… Voilà qui donne du grain à moudre aux acteurs du secteur pour inverser la courbe !

Contrôler l’assaisonnement d’un plat préparé, détecter une contamination dans un emballage de plastique recyclé, assurer la continuité du goût de tel ou tel produit et en repérer les contrefaçons, mais aussi maîtriser l’influence des conditions de stockage sur la robe et les caractéristiques en nez et en bouche d’un spiritueux… De nouvelles attentes de la part des consommateurs qui augurent autant de nouveaux défis pour les professionnels.

Grâce à l’explosion de la bulle digitale et la révolution du big data ces tâches peuvent désormais être accomplies avec une précision et une fiabilité inédites, grâce au développement de nez et de langues artificiels. Deux PME françaises se démarquent particulièrement sur ce terrain d’avenir, avec un potentiel d’applications qui dépasse largement le cadre alimentaire.

 

Alpha Mos, le pionnier toulousain

Créée en 1993, Alpha Mos est la toute première société à avoir introduit sur le marché des nez électroniques. Elle a aussi rapidement conquis les laboratoires à travers la planète, grâce à la vitesse de mesure de ses robots équipés de capteurs de gaz, permettant de comprendre rapidement la cause d’une nuisance olfactive dégagée par un produit ou une usine.

De brevets en brevets, la PME toulousaine a élargi sa spécialité à la numérisation du goût et de la vue, pour fournir une gamme complète d’instruments d’analyse sensorielle par empreinte chimique. Ses langues électroniques, capables de mesurer grâce à des PHmètres les différentes composantes du goût d’un aliment (sucré, salé, acide, amer, umami) servent ainsi à tester aux États-Unis les vins pétillants en série, sans saturation du palais, ou encore les médicaments des fabricants pharmaceutiques pour en améliorer le goût. Quant à ses analyseurs visuels, ils permettent par exemple de valider, à partir des couleurs, la répartition et le degré de cuisson des ingrédients d’une pizza.

Prochaine étape de développement pour Alpha Mos : installer ses microcapteurs sur les chaînes de production :

« Nous voulons devenir l’acteur majeur, voire unique, du contrôle qualité industriel olfactif » pour les secteurs de l’agroalimentaire, des boissons et de l’emballage, confiait récemment à L’Usine Nouvelle Jean-Paul Ansel, l’administrateur de la société. « C’est un marché beaucoup plus large que celui de nos activités historiques, qui permet à un fabricant de réaliser des économies importantes, car il peut suspendre tôt sa chaîne de production et éviter d’avoir à jeter des produits. »

 

Aryballe, la disruption made in Grenoble

Créée en 2014 et récemment remarquée pour sa levée, en amorçage, de 2,6 millions d’euros auprès du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et du fonds d’investissement Innovacom, Aryballe Technologies cible plus directement les consommateurs. Son NeOse, un prototype de nez artificiel mis au point à l’Institut de nanosciences et cryogénie (INAC), à Grenoble, est le premier capteur d’odeurs universel et portable : grâce à un petit boîtier connecté, capable de transformer l’odeur en signature visuelle sous forme d’un code barre, il permet de connaître en temps réel la nature et l’intensité des odeurs qui émanent d’une personne ou l’entourent.

« Essayer de donner une valeur numérique aux odeurs n’a rien d’original, explique Tristan Rousselle, CEO d’Aryballe technologies. Déjà en 1914, Alexander Graham Bell, l’inventeur du téléphone, en faisait un défi : "Si vous êtes ambitieux de découvrir une nouvelle science, mesurez une odeur." Si c’est aussi difficile, c’est parce que contrairement aux autres sens, avec l’odorat on a affaire à des informations non pas physiques, mais chimiques : les odeurs sont des composés volatiles captés par des protéines présentes dans notre nez, lequel transmet alors un influx nerveux au cerveau. Les nez artificiels développés jusque-là, qui reposent sur l’électronique, sont limités technologiquement : chaque capteur ne fonctionnant que pour un gaz spécifique, la reconnaissance est restreinte à quelques odeurs seulement. Pour aller plus loin, il fallait tenter autre chose : nous nous sommes inspirés des récepteurs olfactifs humains et avons ajouté à l’électronique de la biochimie et de l’optique. Là est l’innovation de rupture.  »

Dans le domaine agroalimentaire, le NeOse peut s’avérer fort utile pour travailler les arômes des produits ou contrôler la qualité des chaînes de transport. À l’instar des solutions d’Alpha Mos, il pourrait à terme être intégré à un réfrigérateur pour gérer la conservation des aliments, à une hotte de cuisine pour identifier une mauvaise odeur, ou encore à un four pour alerter de la cuisson d’un plat. « C’est un marché sur lequel il y a aujourd’hui plus de demande que d’offre, il y a donc de la place pour tous les acteurs, estime Tristan Rousselle. Mais nous avons encore beaucoup de progrès à faire » : pour le moment, la base de données de la startup, en constante progression, reconnaît 150 odeurs – contre 10 000 pour le nez humain !

 

De la sécurité alimentaire à la sécurité sanitaire, le champ des possibles est vaste

L’invention d’Aryballe a surtout vocation à changer la vie des personnes atteintes d’anosmie ou perte d’odorat, en les reconnectant à leur environnement et en les alertant de dangers tels la dégradation d’un aliment, un dégagement de fumée ou une fuite de gaz. C’est d’ailleurs pour cette application que le NeOse a été initialement conçu.

Toujours dans le domaine médical, ce nez du futur pourrait un jour permettre de détecter certaines maladies associées à des odeurs d’haleine caractéristiques comme les cancers ou l’hypertension artérielle pulmonaire.  Alpha Mos ne cache pas non plus ses ambitions sur ce terrain : à San Francisco, une filiale de la pépite française travaille sur un dispositif intégrable aux smartphones pour établir un pré-diagnostic du diabète.

« Clairement, nous avons en France une longueur d’avance sur ces sujets, assure Tristan Rousselle. Ce n’est pas un hasard si le Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’intéresse de près à nos projets. Rien qu’à Grenoble, nous sommes quatre startups à travailler autour des gaz, en développant des technologies différentes et complémentaires.  »

Un vivier précieux de savoir-faire qui pourrait bientôt améliorer sensiblement nos vies.

 

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