Dominique Crenn, star culinaire et poétesse des fourneaux
Gastronomie

Dominique Crenn, star culinaire et poétesse des fourneaux

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GastronomieDominique Crenn, star culinaire et poétesse des fourneaux

Comme Anne-Sophie Pic en 2011 et Hélène Darroze en 2015, elle a inscrit son nom au palmarès de « meilleure femme chef au monde », en décrochant au printemps dernier ce prix prestigieux attribué par les World's 50 Best Award. Une consécration pour cette Bretonne élevée à Versailles et qui a fait la conquête de la Californie. Cette récompense illustre avec éclat le talent des grands chefs femmes et le rayonnement de leur cuisine à travers le monde. Portrait d’une passionnée.

Dominique Crenn a suivi une voie originale pour un(e) futur(e) chef : un parcours scolaire « classique », un bac filière économie, un diplôme d’une école de commerce internationale à Paris. Rien qui prédestine a priori à porter la toque. « Mais moi, j’ai toujours voulu être chef », se souvient-elle, rendant hommage à sa mère qui l’a initiée à l’art culinaire et au meilleur ami de son père, critique gastronomique réputé.

 

Un cursus aux petits oignons

 

Elle s’envole pour les Etats-Unis à la fin des années 80. D’une détermination et d’une énergie sans frein, elle y entame sa formation professionnelle tambour battant en officiant dans les meilleures tables de San Francisco. La jeune femme monte rapidement en grade. Quelques années plus tard, elle met le cap sur l’Asie. A Djakarta. Elle devient la première femme chef en Indonésie.

 

En 1998, retour en Amérique. Dominique travaille comme chef exécutif au Manhattan Country Club à Manhattan Beach pendant huit ans, puis comme chef du restaurant « Abode » à Santa Monica. Mais c’est à l’Hôtel InterContinental  de San Francisco qu’elle décroche sa première étoile Michelin, en 2009. A star is born.

 

De quoi voir plus loin, plus haut encore, et surtout plus « libre ». Autrement dit, le moment est venu de tenter l’aventure d’une adresse à son nom. C’est ainsi que l’Atelier Crenn ouvre ses portes début 2011. Une table qui incarne son héritage culinaire et qui va très vite s’attirer tous les suffrages. L’Atelier obtient sans coup férir sa première étoile, puis sa deuxième dès 2012. Une performance remarquable et même inédite car elle devient la première femme chef aux États-Unis à recevoir cette récompense !

 

Dominique Crenn est ainsi devenue l’une des plus célèbres Françaises de la scène gastronomique américaine et internationale. Si elle jouit d’une aura de rock star auprès des gastronomes de Californie et d’ailleurs, elle n’est pas non plus inconnue du grand public dans son pays d’origine car elle a fait partie en 2015 du jury de l'émission « Top Chef » sur M 6.

 

Petits plats et poésie

 

« Quand je cuisine, j'écris un poème », aime à dire l’aède de l’Atelier Crenn. On la croit volontiers et l’on ne demande qu’à réciter ses vers, un enchantement pour le palais et les sens.

 

Dominique Crenn n’a pas oublié ses racines bretonnes. « J’aime l’air marin, les produits de la mer encore vivants dans l’assiette, le rustique de la région, les joues rouges et les ongles noircis des fermiers qui travaillent dur », confiait-elle à la revue « Fine Dining Lovers en 2015 avec une once de lyrisme dans l’assiette. La cuisine de sa mère et « l’humilité de la Bretagne » font partie de son ADN et elle aime y retourner, « comme un retour dans le passé ». Sa Madeleine !
 

Un menu responsable

 

Dominique Crenn entend utiliser sa notoriété pour défendre un combat qui lui tient à cœur : celui d’une cuisine respectueuse de l’environnement et des petits producteurs.

 

« Il faut penser avant de cuisiner », martèle-t-elle. Et d’expliquer dans une interview au magazine « Télérama » : « Aujourd’hui, en tant que chef, on a une grosse responsabilité : faire attention à la manière dont la nourriture a été produite, valoriser le travail des petits fermiers. Tout ce que l’on met dans l’assiette a une grande importance. L'industrie numéro un dans le monde, c'est l'agroalimentaire. La production de nourriture contribue pour 40 à 50 % au changement climatique. La nourriture est le cœur de la société. Il faut penser, aussi, avant de manger. » Avant d’ajouter : « La cuisine française, c'est mon ADN. Actuellement, la France se bouge, la France m'inspire. »

 

La plus américaine des grands chefs français reste profondément française. Et demeure convaincue que la cuisine, la bonne, la vraie, l’authentique, est un humanisme. Un art de faire, mais aussi un art de vivre et de partager. Elle y voit « un moyen d’établir des connexions avec les gens et de raconter des histoires avec des goûts ». Des mots qui mettent l’eau à la bouche. A table !

 

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