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Le Français Jean-Claude Killy, sur la plus haute marche du podium, entouré de son compatriote Guy Périllat (argent) et du Suisse Jean-Daniel Dätwyler (bronze), au JO d'hiver de 1968.
Jeux Olympiques

Jean-Claude Killy, symbole d'une France grande, victorieuse et rassemblée

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Jeux OlympiquesJean-Claude Killy, symbole d'une France grande, victorieuse et rassemblée

50 ans jour pour jour après sa première médaille d'or aux Jeux Olympiques de Grenoble, le 9 février 1968, et à l'heure où s'ouvrent ceux de Pyeongchang en Corée du Sud, Hervé Gaymard évoque pour LetsgoFrance la figure de cet immense champion. Magnifique hommage au triple médaillé d'or, qui incarna la France sur une paire de skis et continue à porter un message d'espoir pour notre pays.

Comme Delon dans Plein soleil, Killy crève l’écran dans Treize jours en France, le film prodigieux de Claude Lelouch sur les Jeux Olympiques de Grenoble. Il l’éclaire de son sourire, de son regard, de ses gestes que l’on semble voir au ralenti, dans une sobriété qui renforce sa densité. Il a 25 ans, mais il semble sans âge, à la fois juvénile et grave. Il incarne ce moment de bonheur français de février 1968, qui dans un fondu-enchaîné étrange conduira au joli mois de mai.

 

On le voit dans la télécabine qui le monte vers le départ de la descente olympique le 9 février, l’épreuve reine des Jeux. Il est seul avec le vent qui souffle entre les portes disjointes. La cabine tangue, il reste debout avec parfois un léger sourire aux lèvres, ce sourire qui hésite toujours entre la timidité et la confiance en soi. A quoi pense-t-il ? Aux belles victoires qu’il a enchainées les années précédentes ? Plutôt sûrement à ses années de vache enragée, la solitude de l’ajusteur-fraiseur dans l’internat glacé et sinistre, la douche hebdomadaire du jeudi, les trop rares retours à Val d’Isère, qui éclate comme une promesse et un défi, au bout de la longue route tortueuse.

 

Travailler, travailler sans cesse jusqu’à la perfection, miracle d’équilibre qui allie la forme physique, la technique, et la force mentale, qui lui donnent toujours un temps d’avance. Le sens de la pente, la meilleure trajectoire, le départ catapulté, tout est là. « Il faut dix mille heures de labeur pour exceller dans son métier », dit-il. « Il faut vingt ans pour faire un virage parfait, et souvent on n’en fait qu’un seul dans sa vie. »

 

A l’arrivée, huit centièmes de seconde devant Périllat. Il faut voir les regards bouleversants qu’échangent les deux hommes, l’espace d’un instant. Ils s’étreignent. Killy semble retenir sa joie primordiale, par pudeur et respect pour l’aîné détrôné, dont ce devait être l’apothéose. Périllat est admirable, c’est un très grand. Il a le regard de l’immense champion pour le maître juvénile, que quelques miettes de temps vont propulser dans une spirale ascendante, à l’aube de cette décade prodigieuse, qui bouleversera sa vie et le ski français.

 

Le 12 février, deuxième médaille d’or dans le slalom géant, remporté avec une aisance qui ne trompe que les amateurs, l’apparente facilité étant toujours le fruit d’un travail prodigieux et inlassable. Le 17 février, troisième médaille d’or dans le slalom spécial, face à un Karl Schranz au comportement erratique, finalement déclassé par le jury. Il entre dans la légende et dans la « liberté grande » chère à Julien Gracq. Il n’a pas gagné contre ses adversaires, mais contre ce temps qui l’obsède.

 

Killy est la métaphore de la France de ces années-là. Comme elle, il lui a fallu se sortir des années grises par la ténacité portée par un projet. Il incarne cette France grande et simple qui donne le meilleur d’elle-même quand elle se ressemble. Et c’est pourquoi il faut quitter les rivages de la vaine nostalgie, pour se dire que la France n’a pas fini de s’étonner elle-même, ni d’étonner le monde.

 

Président du Conseil départemental de la Savoie, ancien ministre et écrivain, Hervé Gaymard est l’auteur de nombreux ouvrages remarqués, dont Bonheurs et grandeur, ces journées où les Français ont été heureux (éditions Perrin).

 

*Crédit photo: NL-HaNA, ANEFO / neg. stroken, 1945-1989, 2.24.01.05, item number 921-0677 (Nationaal Archief Fotocollectie Anefo) [CC BY-SA 3.0 nl (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/nl/deed.en)], via Wikimedia Commons 

 

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