music_mock_up.jpg
©Qwant
Internet
par

Qwant : ce « champion français » qui grignote Google

Éric Léandri est le co-fondateur de Qwant, un moteur de recherche français qui assure le respect de la vie privée de ses utilisateurs. « Nous sommes numéro 1 sur ce créneau : c’est facile quand on est tout seul ! » plaisante le PDG de la société, bien souvent présentée comme l’anti-google français. La preuve que la France peut produire un futur géant du numérique ? Avec une part de marché en forte croissance et estimée à environ 5% en France, Eric Léandri explique à #LetsgoFrance les raisons de sa percée, et les marches qui restent à gravir

qwant_eric_leandri_2997_ok.jpg

qwant_eric_leandri_2997_ok.jpg, par AdminLetsGo

En quoi la proposition de valeur de Qwant se différencie-t-elle de celle des autres moteurs de recherche sur le marché, et notamment de Google  ?

Éric Léandri : Notre spécificité par rapport aux autres moteurs de recherche est que nous possédons et gérons nos propres infrastructures, que ce soit nos crawlers [robots permettant d’indexer le web, ndlr], nos serveurs, qui sont tous en France, nos firewalls, notre cloud, etc. Tous sont installés sur le territoire européen, ce qui garantit la sécurisation des données et notamment l’anonymisation des requêtes et des adresses IP des utilisateurs.

Notre modèle économique repose sur de l’affiliation et de la publicité contextualisée – par rapport à la requête et non par rapport à l’utilisateur. Nous agissons ainsi comme un moteur neutre, qui affiche toujours le même résultat. Ce n’est pas toujours un avantage, car cela est parfois utile de donner du contexte ou de faire remonter dans les résultats un lien qui est souvent visité par l’utilisateur : nous avons donc cette année lancé un service, Masq, qui permet cela, sans toutefois stocker les données.

 

Quelle stratégie avez-vous utilisée pour devenir le premier moteur de recherche à prendre des parts de marché à Google ?

E.L : Nous sommes en effet aujourd’hui le troisième moteur de recherche en France, avec une perspective du doublement du nombre de requêtes entre 2017 et 2018. Au-delà des institutions, des académies scolaires ou des entreprises chez qui nous devenons le moteur de recherche par défaut [de la ville de Rennes à l’Assemblée nationale ou au ministère de la Défense, les annonces se sont succédées en ce sens à l'automne 2018, ndlr], le seul vrai moyen de prendre des parts de marché, ce sont des partenariats avec les fabricants de téléphone. Il faut donc entrer dans les téléphones par défaut, il n’y a pas d’autre option. Hier, c’était impossible, aucun autre moteur de recherche n’était installable dans un navigateur ; désormais c’est possible, mais avec de très grandes barrières d’entrée.

Google a depuis été condamné pour « abus de position dominante » par rapport à son moteur de recherche et à Android. Mais attention, il ne faudrait pas que cela soit une victoire à la Pyrrhus : alors que sa part de marché est de 98% en Europe, Google pourrait décider d’y rendre payante sa licence Android.

 

Quels sont alors vos axes de développement ?

E.L : Tout le monde le sait : le mobile n’est pas un marché accessoire, c’est un « must have ». S’il n’y a pas d’ouverture côté mobile, alors qu’un seul acteur tient la très grande majorité du marché, alors on a un souci. La seule chose qui nous manque, c’est d’être dans la liste des moteurs installables. En fait, on veut juste le droit à l’alternative. Notre objectif, c’est 5 à 10% maximum du marché qui est aujourd’hui le marché de Google.

 

En France et en Europe, il y a en ce moment un momentum, notamment dans le registre règlementaire (RGPD, activisme de la CNIL et d’associations françaises, directive eprivacy, positions de Bruxelles). Comment pérenniser ce momentum pour bâtir un écosystème tech qui porte davantage le respect de la vie privée ?

E.L : Nous sommes dans une position étrange où de nombreux acteurs, notamment français, ont envie de changement – la preuve avec la neutralité du web, inscrite dans la loi française depuis deux ans. Ceci est également vrai au niveau européen, avec l’Allemagne et l’Italie qui génèrent à elles seules un tiers du trafic sur Qwant. Mais des freins perdurent. Si je ne fais que parler de Google qui bloque le marché…, c’est que ce n’est pas pour rien. Malgré ce « momentum » que vous évoquez, Renault a par exemple décidé de signer 100% de ses voitures connectées avec Google. Très bien, mais pourquoi pas 90% Google et 10% autre chose ?

On célèbre Qwant comme étant un « champion français »… C’est bien car cela interpelle sur la logique européenne qui est à l’œuvre. Petit à petit, face à la logique américaine, les Européens se rendent compte que pour le numérique, « souveraineté » et « préférence » ne sont pas forcément des gros mots. Pour autant, je ne suis pas intéressé par les modèles chinois ou russes qui sont fermés sur eux-mêmes. Je suis intéressé pour l’Europe par un modèle qui soit ouvert, qui permette de choisir différentes start-up dans ses appels d’offre, et qui n’attende pas qu’une entreprise détienne 95% d’un marché pour décréter un trust. Nous devons continuer à interpeller sur ce sujet, à faire entendre notre voix là où il le faut, et il faut que se montent de plus en plus de sociétés aux valeurs différentes, éthiques.


C'est parti pour la 2ème édition ! Participez à la 2nde édition des Trophées #LetsgoFrance ici.

Pour recevoir toutes nos publications, abonnez-vous à notre newsletter.

 

Intéressé ? Laissez-nous votre email.Nous vous préviendrons dès l’ouverture des candidatures.
Concours

Trophées
#LetsgoFrance

En savoir plus Découvrez les candidats

Chargement …

Le respect de votre vie privée est notre priorité.

Nos partenaires et nous-mêmes utilisons différentes technologies, telles que les cookies, pour personnaliser les contenus et les publicités, proposer des fonctionnalités sur les réseaux sociaux et analyser le trafic.
Merci de cliquer sur le bouton ci-dessous pour donner votre accord.