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Sabrina Roubache, la production made in Marseille

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AudiovisuelSabrina Roubache, la production made in Marseille

Derrière le carton international de Marseille, première série de Netflix en France, il n’y pas que l’entrée d’un géant du Net dans la production audiovisuelle hexagonale. Il y a aussi la réussite d’un territoire. Rencontre avec l’une de ses meilleures ambassadrices, Sabrina Roubache, fondatrice de Gurkin Production et de Gurkin Invest Films.

On ne parle plus que de vous depuis le lancement de la série Marseille. Votre succès entrepreneurial doit-il tout à Netflix ?

Sabrina Roubache – Pas tout, car je dois beaucoup à Akhenaton et au groupe IAM, qui m’ont donné ma chance à 17 ans. Puis j’ai progressivement gravi les échelons du métier au fur et à mesure des opportunités saisies. La rencontre avec Dan Franck, scénariste de Marseille, n’en a pas moins été décisive : il m’a demandé un travail atypique, qui était de lui ouvrir les portes de la ville, de lui en révéler les codes, afin de signer un scénario le plus authentique possible, autour de grands ressorts dramatiques inspirés du Roi Lear. La présence de Gérard Depardieu, qui est une mégastar internationale, a fait le reste : Marseille s’est imposée comme la série la plus regardée au Brésil, en Chine et en Russie.

 

« Marseille s’est imposée comme la série la plus regardée au Brésil, en Chine et en Russie. »

 

Ce succès m’a encouragée à prendre des risques et à créer, dans le sillage de ma société de production, un fonds d’investissement dédié à la production de contenus pour les plateformes digitales. Grâce à ce schéma, nous venons de signer avec Dan Franck deux gros scénarios pour une série et un long métrage, avec Depardieu notamment.

 

En quoi votre fonds d’investissement est-il unique en son genre ?

S. R. – Autant certains secteurs comme la musique n’ont pas anticipé la révolution du digital en France, autant les producteurs de l’audiovisuel français ont su réagir à l’arrivée des Netflix, Amazon ou Apple TV, avec l’aide du Ministère de la culture qui n’a pas fermé la porte. Quelque chose d’inédit s’est passé dans notre pays, qui a permis aux jeunes producteurs notamment d’être plus audacieux, face à la demande de contenus.

La difficulté, avec les plateformes digitales, c’est qu’il faut pouvoir développer rapidement, et pas en trois ans comme c’est le cas des productions dépendantes des fonds publics. D’où l’idée de monter un fonds d’investissement comme une startup, dont les produits ne soient pas des nanotechnologies mais des scénarios, afin de bénéficier de fonds propres, tout en permettant de financer des PME – ce sont elles qui en ont le plus besoin ! –  et en exigeant une territorialité des dépenses : les fonds levés en PACA sont réinvestis en PACA. À ma grande surprise, les investisseurs ont très vite répondu à l’appel car le potentiel est énorme : Marseille est déjà n°2 derrière Paris en termes de tournages et de production de contenus.

 

« L’audiovisuel français a su réagir à l’arrivée des plateformes digitales »

 

Quelle est votre plus grande fierté, en tant qu’entrepreneur ?

S. R. – D’avoir osé m’émanciper des fonds publics pour pouvoir travailler plus efficacement, et proposer des contenus plus innovants et engagés. D’avoir inventé un nouveau business model pour les industries créatives, récompensé en 2016 par La Tribune Women’s Awards, et qui pourrait sans doute inspirer d’autres secteurs. D’avoir reçu ce prix d’un journal économique, ce qui marque à mes yeux la reconnaissance de toute une filière, et d’avoir fait comprendre aux investisseurs que cette filière non seulement était rentable, mais qu’elle était importante pour la collectivité. De l’avoir décloisonnée aussi, car notre secteur avait tendance à vivre de l’entre-soi, en l’ouvrant sur le milieu socio-économique local et les universités grâce à la création d’un Do Tank au sein de la CCI Marseille Provence.

Mais ma plus grande fierté, c’est peut-être ce projet de studio qui est en train de voir le jour, et qui sera localisé dans les quartiers nord de Marseille. L’idée est d’y faire des tournages, mais aussi de l’open innovation, de la formation et de l’insertion des jeunes, du développement de startups… C’est un projet de structuration d’une filière en pleine croissance à l’échelle d’un territoire. Dans ce volet social de l’entreprenariat, je vois quelque chose de très français.

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