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©En 2017, le Hackathon Techfugees France x Paris 2024 a permis la création de Kabubu.
Solidarité
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Techfugees : la France au rendez-vous

Né en réaction à la publication de la photo du corps d’Aylan, symbole de la « crise des réfugiés » en Europe en 2015 et à l’incapacité des acteurs traditionnels à faire face à leurs besoins, le mouvement dirigé par Joséphine Goube, une jeune Française dont la voix porte désormais à l’échelle planétaire, mobilise la communauté Tech pour développer des solutions concrètes favorisant l’accueil et l’inclusion des personnes déplacées.

On ne parle plus que d’elle sur la planète Tech. Lauréate du prix Margaret en 2017 lors de la journée de la femme digitale , Joséphine Goube fait également partie des 30 talents de moins de 30 ans qui, selon le magazine Forbes, posent les jalons de l’économie de demain.

La Française originaire du Pas-de-Calais, territoire de « la Jungle » qui continue encore aujourd’hui, malgré son démantèlement, de cristalliser les débats sur l’accueil des migrants en France, est à la tête d’un mouvement d’innovation inclusive qui, en à peine 3 ans, a pris dans 25 pays du monde et anime déjà une communauté de 18 000 passionnés de technologie. Nombre d’entre eux sont réunis les 25 et 26 octobre chez Station F , à Paris, pour leur sommet mondial annuel.

 

L’espoir dans la main

Techfugees est né d’un double constat : plus de 90 % des réfugiés qui atteignent l’Europe ont un Smartphone dans la poche et utilisent Facebook ou WhatsApp, et 93 % des migrants dans le monde se trouvent dans des zones couvertes par la 2G et la 3G, autrement dit en capacité de se connecter. De quoi battre en brèche toutes les idées reçues véhiculées par les médias.

« Il faut cesser de regarder les réfugiés comme des victimes ou des héros ;  ce sont des gens comme vous et moi qui voudraient juste avancer dans la vie, rappelait Joséphine Goube le 28 mars 2018 à Paris, lors d’une conférence au Lab Postal . Leurs mouvements et leurs droits sont certes limités mais ils ont entre les mains un outil de liberté puissant qui transcende l’espace et le temps. Que fait alors cette industrie qui clame "We disrupt the world", mais ne propose rien aux personnes qui en ont le plus besoin ? »

L’appel, lancé pour la première fois en 2015 sur Facebook par Mike Butcher, rédacteur en chef de TechCrunch Europe, a été plus qu’entendu. Depuis le succès d’un événement inaugural organisé à Londres, « meet-ups » et « hackathons » – ces marathons de programmation informatique collaborative réunissant réfugiés et non réfugiés : ingénieurs, étudiants, entrepreneurs, ONG, entreprises et partenaires – se multiplient dans les grandes villes du monde pour sensibiliser la communauté Tech et inventer des services numériques répondant aux problèmes rencontrés au quotidien par les migrants : accès à l’information, à l’éducation, à la santé, à l’emploi, aux droits, à l’inclusion sociale…

Rien de politique dans cette approche qui se veut avant tout pragmatique. « Chez Techfugees, nous ne sommes pas là pour résoudre un problème politique – qui n’est pas d’ailleurs une crise des réfugiés, mais une crise d’hospitalité, martèle Joséphine Goube. Nous voulons simplement faire en sorte d’utiliser l’outil technologique, qui n’est jamais qu’un outil, pour faciliter la vie des personnes déplacées de force dans le monde, que ce soit à cause de la guerre ou des manifestations brutales du changement climatique – c’est d’ailleurs cette deuxième catégorie, on ne le dit pas assez, qui est majoritaire. »

 

« Douce France » "…

À chaque terre d’accueil, des problèmes et des ressources spécifiques qui appellent des réponses spécifiques. « Nous travaillons de manière décentralisée, grâce à des ambassadeurs Techfugees qui organisent des hackathons avec les ONGs et les réfugiés locaux. »

C’est en mars 2016 qu’est né ainsi le « chapitre » français de Techfugees, à la faveur d’un hackathon organisé au Wagon, une école de code parisienne. « Nous voulions mettre en lien tous ceux qui voulaient aider dans la communauté Tech, au-delà du don ou du bénévolat, avec les acteurs de terrain comme France terre d’asile, Singa ou Konexio, explique Joanna Kirk, présidente de Techfugees France. Cela nous a permis de cartographier les besoins et de nous rendre compte que ce n’était pas seulement pour les réfugiés, mais avec eux que nous pourrions avancer. »

L’édition 2017 a vu naître ainsi une plateforme numérique d’informations imaginée par RefuHelp, un groupe d’anciens élèves de l’école Simplon  : leur solution vise à orienter les migrants dans leurs démarches administratives grâce à des pictogrammes simples à comprendre. « Même un Français a du mal à s’y retrouver dans le labyrinthe de l’administration française ; alors imaginez une personne qui arrive en situation de détresse, a dû traverser la Méditerranée ou les Alpes… témoignait Dadou Moano, originaire de République Démocratique du Congo (RDC) et co-fondateur du projet, au Lab Postal. Notre web application classe par ordre de priorité les informations les plus utiles aux migrants : comment aller à la préfecture, qu’est-ce qui vous y attend, comment accomplir ses démarches de santé, etc. RefuHelp propose également des séances d’initiation au code informatique, qui est le langage du 21e siècle.  » Une façon de transmettre à d’autres l’accompagnement dont ces réfugiés statutaires ont bénéficié à leur arrivée en France.

Un autre hackathon, réalisé en partenariat avec Paris 2024 , a donné naissance à Kabubu (« l’amitié par le sport » en swahili), une appli qui met en lien les réfugiés avec des personnes partageant leur passion sportive et leur permet d’intégrer des équipes en club.

« La France est douce, oui, lorsqu’on parvient à trouver sa place. » Cet adage de Dadou Moano est celui de tout un mouvement qui peu à peu se structure et s’étoffe dans l’Hexagone, sous l’impulsion de Techfugees France. « Nous avons travaillé avec plusieurs des grands groupes de la communauté Tech basés en France et dont les équipes souhaitaient savoir comment aider, comment mobiliser leurs ressources ou expertises. Nous avons organisé des meetups pour apprendre et ouvrir la discussion sur les problématiques liées à l’éducation, au recrutement, à la formation, l’hébergement ou la data et les données personnelles des migrants, par exemple. Nous avons également développé un programme de fellowship pour les femmes réfugiées : nous leur proposons des formations et leur permettons de rencontrer des mentors,  de découvrir les lieux et événements Tech à Paris, des incubateurs, de futurs recruteurs, etc. afin de les aider à s’insérer sur le marché du travail et dans l’écosystème Tech français. Ce programme pilote a vocation à être répliqué dans d’autres pays en 2019.  »

Les projets pullulent dans ce creuset fécond où les réfugiés ne sont plus considérés comme des âmes errantes, mais des talents riches de plusieurs langues et cultures qui ont beaucoup à apporter à leur terre d’asile. « Ce sont des profils souvent déjà diplômés, avec une intéressante expérience professionnelle, et qui sont incroyablement motivés pour réapprendre un métier. Ils représentent une grande richesse pour la France. »


Résumé de l’article

Lancé en 2015 à Londres et en 2016 à Paris pour sa version française, Techfugees rassemble aujourd’hui plus de 18 000 passionnés de technologie désireux de développer des solutions concrètes favorisant l’inclusion des personnes déplacées. Meet-ups et hackathons pulullent dans les grandes villes du monde pour inventer des services numériques d’accès à l’information, à l’éducation, à la santé, à l’emploi, aux droits, à l’inclusion sociale… adaptés aux problèmes rencontrés sur le terrain par les déplacés. La France est un cœur battant de ce mouvement d’innovation inclusive qui réunit réfugiés et non réfugiés : ingénieurs, étudiants, entrepreneurs, acteurs de l’associatif et investisseurs, multipliant les projets, les actions de sensibilisation et les programmes pilotes.


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