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Zahia Ziouani fait partie des 4% de femmes chefs d'orchestre en France
MUSIQUE
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Zahia Ziouani ou l’art d’orchestrer sa vie

Etre une femme et venir d’une banlieue populaire où la musique classique n’est pas toujours à la fête, et souhaiter néanmoins devenir chef d’orchestre : mission impossible ? Et pourtant, de cette visée utopie Zahia Ziouani a fait une réalité, surmontant un à un tous les obstacles à la force du poignet, d’une volonté bien trempée et d’un sacré talent pour réaliser son rêve et le partager. LetsgoFrance salue en quelques notes cette battante inspirée qui, faute de baguette magique, a su se forger une baguette de chef. Maestra !

Il y a quelques jours, Zahia Ziouani participait aux très courues Rencontres Economiques d’Aix. Intervenant à la table-ronde de clôture (qui, cette année, donnait la parole uniquement à des femmes), sur le thème des valeurs pour construire la société de demain, elle a déclaré : « Mes valeurs, ce sont l'innovation, la rencontre, le partage, la diversité et la place des femmes dans le monde de la culture. » Tout un programme ! Pas seulement le programme d’un concert ou d’une politique culturelle, mais celui d’une vie.

 

Faire entendre sa voix de femme dans un univers encore très masculin

Certains destins sont réglés comme du papier à musique. Celui de Zahia ne l’a pas été, même si elle vient d’une famille où l’on a toujours apprécié et pratiqué l’art d’Euterpe. Les bonnes fées à baguette ne se sont pas penchées sur son berceau pour lui confier un pupitre de direction d’orchestre. Il lui a fallu le conquérir toute seule.

En ouverture du concert de son existence, un morceau qui s’intitule Pantin. Pantin en Seine-Saint-Denis avec son Conservatoire où elle étudie très jeune la guitare classique avant de passer à l’alto. Déjà, elle n’a qu’un rêve : devenir chef d’orchestre. Quelle idée ! On lui explique que « ce n’est pas un métier pour les femmes. » Jouer d’un instrument, chanter, être premier violon d’une formation, soit. Mais diriger un orchestre ?

De fait, l’univers de l’orchestre symphonique est par son histoire et ses traditions très masculin, comme la cheffe Laurence Equilbey l’avait rappelé lors d’une interview donnée à #LetsgoFrance. Combien de femmes chefs d’orchestre, et a fortiori de compositrices, le grand public connaît-il ? A peu près autant qu’il y a de guitares électriques dans une cantate de Bach : zéro.

Mais la jeune femme ne s’en laisse pas conter. Soutenue par quelques professeurs éclairés, elle décide d’embrasser une carrière de chef. Par vocation. Pour montrer que c’est possible, qu’on peut percer le plafond de verre à la baguette, qu’on peut faire évoluer les choses de l’intérieur. Mais aussi pour investir des territoires nouveaux tels que les banlieues, œuvrer dans le domaine de la transmission pédagogique auprès de publics éloignés de la musique classique, décloisonner les genres et les pratiques, apporter la musique dans l’univers carcéral… Musicalité, féminité, diversité !

Alors, afin de rendre possible ce récital artistique et social, elle fonde en 1998 son propre orchestre, « Divertimento », qui compte plus de 70 musiciens, ainsi que son Académie pour les enfants de ce département déshérité. « L’accès à la culture m’a permis de m’enrichir, de m’épanouir et de pouvoir croire à de grandes ambitions, et je voulais transmettre ça aux enfants ».

 

Prôner le dialogue des cultures

Avec son orchestre, Zahia Ziouani se produit tour à tour dans des salles prestigieuses et des salles polyvalentes, passe allegro de la Cité de la Musique, de l’Olympia et même de l’Elysée à des banlieues déshéritées, fédère pianissimo des publics très différents, montre que la musique classique non seulement adoucit les mœurs mais constitue un langage universel.

Cheffe d’orchestre principale de l’Orchestre symphonique national d’Algérie, elle se produit dans de nombreux pays.

Son idole ? Le légendaire compositeur Leonard Bernstein. Elle raffole de West Side Story. Une œuvre qui « parle » à cette virtuose venue de banlieue, habitée par sa double culture française et algérienne et convaincue que l’avenir de son art réside dans un métissage des genres et des cultures. «  Jazz, musique classique arabe, influences sud-américaines, musique des Aborigènes d’Australie… Il est primordial de décloisonner la musique, en particulier à une époque où les communautarismes et le repli sur soi s’accentuent », s’est-elle exclamée récemment au micro de France Culture.

 

En avant les musiques !


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