b169380eefbb51e0838f7f03356269ffc83bcb06.jpg
© Xavier Boylond - Technilum (Place de la Victoire, Vitré)
Made in france
par

Agnès Jullian, la Française qui éclaire d’un jour nouveau l’industrie

Vous lisezAgnès Jullian, la Française qui éclaire d’un jour nouveau l’industrie
7 min

De New York à Jérusalem en passant par Cannes, Technilum, spécialiste de l’éclairage urbain, habille les villes de ses créations « haute-couture » depuis près d’un demi-siècle. Entretien avec Agnès Jullian, sa dirigeante atypique qui a su dépoussiérer l’image d’une industrie traditionnelle et multiplie les engagements en faveur du développement de son entreprise et de sa région, l’Occitanie.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de Technilum  ?

agnes_jullian_2014.jpg

agnes_jullian_2014.jpg, par AdminLetsGo

Agnès Jullian – Dès 1971, quand l’entreprise a été créée par mon père, elle a été axée sur l’accompagnement des maîtrises d’œuvre et d’ouvrage, en proposant non pas des « poteaux » au kilomètre et des « gamelles » comme la majeure partie de la profession, mais des « mâts » et des « luminaires » personnalisables et sur-mesure : la terminologie déjà parlait d’elle-même… C’est nous qui avons fabriqué les premiers mâts de La Grande-Motte dessinée par Jean Balladur, qui depuis sont entrés au « Patrimoine du XXe siècle » au même titre que l’ensemble du projet. Nous avons également livré ceux du Palais des Festivals de Cannes ou du Port de Saint-Tropez. Très rapidement, Technilum a ainsi été identifié comme un partenaire incontournable sur les projets hauts de gamme ou à forte valeur ajoutée pour l’aménagement des centres villes et l’éclairage public, bien qu’elle soit parmi les plus petites du marché.

Notre autre spécialité, c’est que nous sommes les seuls fabricants à n’utiliser que de l’aluminium – plutôt que de l’acier –, un matériau totalement durable puisqu’il est recyclable à 100 % et à l’infini.

 

Vous avez parié sur le made in France . Qu’est-ce qui nourrit ce choix ?

A. J. – On a souvent tendance, en France, à s’appesantir sur son sort alors que quand on a la chance de voyager, on s’aperçoit que notre image est fondamentalement différente vue d’ailleurs : nos produits sont plébiscités pour leur « French Touch », leur approche différente, raffinée, élégante.

D’où le choix d’une production 100 % française, qui nous a valu d’investir massivement sur nos sites de production, allant à contresens de nos confrères qui ont tendance à externaliser aujourd’hui, voire à fermer leurs usines françaises pour la plupart.

Après, ce n’est pas le choix de la simplicité, parce que le pays malgré tout se désindustrialise dans certains secteurs, notamment la fonderie de l’aluminium et les traitements de surface qui nous concernent directement. Pour le moment on y arrive, en jouant sur des critères de qualité et de délai. Mais nous ne pouvons pas être les seuls de notre secteur à faire travailler des fournisseurs français...

 

Technilum a été labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV). Quel savoir-faire spécifique ce label vient-il reconnaître chez vous ?

A. J. – Il n’existe pas de formation en France pour fabriquer des mâts ou des luminaires d’éclairage public, nos techniques innovantes de conception et de production sont donc portées par le savoir-faire des plus anciens de l’entreprise : c’est ce que vient reconnaître le label EPV, en plus du fait de fabriquer 100 % français. Il valorise aussi le choix de nous installer en 1999 dans un ancien chai viticole que nous avons réhabilité, puis étendu en 2016 : ce bâtiment du XIXe, situé aux portes de Béziers, a un fort caractère patrimonial, il est totalement atypique pour un industriel et correspond à l’image haut de gamme que souhaite véhiculer Technilum. Couplé à la bannière « French Fab », le label EPV est un bon vecteur de communication en France et à l’étranger.

 

Vous multipliez les activités au-delà de votre entreprise. Qu’est-ce qui motive l’engagement multiforme qui est le vôtre au service de votre territoire ?

A. J. – Ayant pris la tête de Technilum assez jeune – à 24 ans, au décès de mon père –, j’ai souhaité d’emblée rester connectée à d’autres secteurs en m’engageant dans le tissu professionnel local, que ce soit à travers des associations socio-économiques ou le développement du territoire. Cela m’a permis de me faire connaître au niveau régional, et même de vivre une carrière politique qui n’était pas planifiée : le défunt Georges Frêche m’a proposé de faire partie de sa liste aux élections régionales de 2010 et je me suis retrouvée, pendant 4 ans, vice-présidente du Languedoc-Roussillon en charge du développement touristique et de l’attractivité. Je me suis engagée par la suite à un niveau plus local, à Béziers, mais les guerres de clochers ne m’ont pas du tout séduite : la seule politique qui m’intéresse, c’est celle qui entend faire progresser la cité.

Aujourd’hui, je siège donc surtout dans différents conseils d’administration et participe à des formations sur le développement économique, l’aménagement du territoire, le développement des métropoles… J’ai été également nommé suppléante à la Commission nationale de labellisation des entreprises du patrimoine vivant. Toutes ces activités me permettent de me nourrir de ce qui se passe ailleurs, et de ne pas avoir les yeux rivés sur le guidon.

 

À l’heure où les profils de femme manquent cruellement au milieu de l’industrie, en quoi votre parcours est-il inspirant ?

A. J. – Il est toujours difficile pour moi de répondre à cette question car je ne suis pas féministe. J’aime à dire que j’ai eu beaucoup plus de difficultés avec le fait d’être jeune lorsque j’ai repris l’entreprise, qu’avec le fait d’être une femme. De fait, pendant très longtemps j’ai été la seule fille dans les réunions, au sein du syndicat d’éclairage ou de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) ; aujourd’hui nous sommes parfois 2 ou 3… Mais cela ne me dérange pas.

Pour moi, les revendications féministes ont du sens dans les pays où les femmes n’ont pas de droits ou si peu. Mais aujourd’hui en France, si l’on a une valeur et du talent, on peut faire la même chose que l’on soit une femme ou un homme. Je crois beaucoup plus à ça qu’à la parité.

 

Quand vous regardez rétrospectivement votre parcours, quelle est votre plus grande fierté ?

A. J. – C’est d’avoir su prendre des risques, fait des choix audacieux comme notre installation à Lézigno, dont l’extension réalisée il y a 2 ans est aujourd’hui plébiscitée par la profession – elle a même été distinguée par des prix d’architecture européens sans que l’on candidate ! Les plus beaux chantiers que nous avons gagnés à travers le monde sont aussi des fiertés du quotidien.

Maintenant, il nous reste à grandir. Ce n’est pas tant une histoire de présence sur tous les continents parce qu’on y est presque – manque l’Océanie –, qu’un enjeu de taille et de chiffre d’affaires, qui ne sont pas encore assez représentatifs sur notre marché. Nous misons beaucoup sur l’export pour y arriver, le marché français étant assez cyclique du fait des élections municipales. Et le made in France va nous y aider !

 


Pour recevoir toutes nos publications, abonnez-vous à notre newsletter

 
Intéressé ? Laissez-nous votre email.Nous vous préviendrons dès l’ouverture des candidatures.

Chargement …

Le respect de votre vie privée est notre priorité.

Nos partenaires et nous-mêmes utilisons différentes technologies, telles que les cookies, pour personnaliser les contenus et les publicités, proposer des fonctionnalités sur les réseaux sociaux et analyser le trafic.
Merci de cliquer sur le bouton ci-dessous pour donner votre accord.