Alexandre Jardin, fondateur de Bleu Blanc Zèbre
AuZactes-citoyens

Alexandre Jardin « Laissez-nous faire ! Nous avons déjà commencé. »

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AuZactes-citoyensAlexandre Jardin « Laissez-nous faire ! Nous avons déjà commencé. »

Par ce mot d’ordre, le collectif Bleu Blanc Zèbre appelle nos représentants et nos concitoyens à retrouver confiance dans la France et dans les Français. Nous sommes « une nation adulte qui se prend déjà en main », assure l’écrivain Alexandre Jardin, fondateur et inlassable porte-parole du mouvement citoyen.

Pourquoi tant de confiance ? N’est-ce pas un peu à contre-courant par les temps qui courent ?

Alexandre Jardin – Je suis confiant, parce qu’il n’y a pas de problème français qui ne soit déjà résolu. Cela fait seize ans qu’à côté de mon métier d'écrivain, je suis militant associatif. Cet engagement m’a permis d’entrer en contact avec la France qui fait. J’ai pu mesurer l’immensité du fossé entre la réalité du JT de 20h et celle du terrain, celle des Français déjà engagés dans l’action. Nous vivons dans la fiction d’une actualité composée de drames et ne voyons pas la puissance et la joie de ces « Faizeux ». Partout en France – parce que nous sommes un peuple de grande culture, de grande curiosité et d’inventivité –, on trouve ainsi dans la fonction publique, les entreprises, les mutuelles, les associations, chez les maires ruraux… des personnes qui raisonnent hors du cadre, de « drôles de zèbres » qui n’ont pas attendu d’être missionnés pour mettre en place des idées intelligentes permettant de résoudre, par l’action citoyenne, un problème de société.

Depuis la création de Bleu Blanc Zèbre – BBZ – il y a trois ans, nous avons déjà repérés 240 initiatives de ce genre. Compte-Nickel, par exemple, rebancarise les interdits bancaires en installant des machines chez les buralistes (plus de 300 000 comptes ont été ouverts à ce jour). L’Agence du Don en Nature récupère les invendus de l’industrie au profit des associations de réinsertion ; des produits d’une valeur de 27 millions d’euros ont été redistribués l’an dernier. ANDES, un réseau de 300 épiceries solidaires, nourrit 1,5 millions de personnes. Grâce à l’association Lire et faire lire, que j’ai cofondée, près de 20 000 retraités bénévoles transmettent le plaisir de la lecture à 650 000 enfants dans les 101 départements de France. Chez tous ces « Zèbres », on retrouve l’esprit de la France Libre : la fatalité ne fait pas partie de leur vocabulaire !

 

Nombreuses sont les voix du débat public français à s’accorder sur la nécessité de rétablir la confiance, en ayant à l’esprit la défiance du peuple à l’endroit de ses représentants, de ses institutions. Ce que vous dites, au fond, c’est que le problème est posé à l’envers : ce sont peut-être avant tout les institutions qui ne font pas confiance au peuple ?

A. J. – Absolument ! Nos partis jacobins ont une conception verticale de l’État, basée sur une large méfiance à l’endroit des territoires, du génie des Faizeux locaux. Cette méfiance aboutit à un gigantesque système normatif qui met tout le monde à l’arrêt et nourrit les frustrations ! Personnellement, j’ai davantage confiance dans l’action d’un Major Alain Boucherie, qui a mis en place dans les collèges difficiles du Gard un système de rappel à la loi faisant intervenir la gendarmerie à la moindre incivilité (depuis son lancement, 80 % des élèves rappelés à l’ordre n’ont jamais récidivé), que dans une énième loi de prévention de la délinquance… Les « Dizeux » sont peut-être victimes d’une crise d’autorité, de légitimité, mais je peux vous garantir que ce n’est pas le cas des Faizeux : quand ceux-ci viennent présenter leurs projets à la télévision, le public leur fait une standing ovation ! Peut-être serait-il temps de repenser le crédit, la légitimité, à partir de l’action ?

 

« Seule une grande alliance permettra d’accélérer la recomposition de la France autour de nos territoires. » Alexandre Jardin, fondateur de Bleu Blanc Zèbre

 

Puisque nos territoires fourmillent déjà d’initiatives, le rôle de BBZ est donc de faire levier, d’être un catalyseur, pour créer une réaction en chaîne ?

A. J. – Oui ! Il faut faire de ces actions d’intérêt général existantes, qui ne sont souvent pas connues et/ou sont isolées, une grande puissance. Pas plus tard que ce matin, j’ai fait une chronique à la radio pour dire tout le bien que je pensais du programme de la CFDT : le syndicat a mis en place des forums pour l’emploi où des jeunes sans carnet d’adresses peuvent rencontrer les DRH des entreprises dans lesquelles les syndicalistes travaillent ; quand on a en tête que la CFDT compte 750 000 adhérents, on se dit que le programme peut rendre un immense service à la nation ! BBZ s’est donné pour mission de promouvoir ces actions et d’organiser leur déploiement à grande échelle. Ce qui implique, à un certain moment, de créer une alliance entre les Faizeux : si nous voulons changer la donne, nous devons amener tous nos Zèbres à collaborer entre eux, amener ceux de la société civile et du monde économique à coopérer avec les pouvoirs publics locaux. Et la dynamique est en marche ! Nous venons de signer notre premier accord avec la région PACA pour expérimenter trois politiques régionales en faveur des chômeurs, des jeunes et des communes qui n’ont plus d’argent. Notre défi est là : seule une grande alliance permettra d’accélérer la recomposition de la France autour de nos territoires.

 

Jusqu'où comptez-vous aller dans votre action fédératrice ? Y a-t-il un point où vous vous direz : « on n’a plus besoin de nous » ?

A. J. – Notre objectif aujourd’hui est très simple : gagner l’élection présidentielle de 2017 ! Et la grande originalité de cette victoire – parce que nous sommes un mouvement par définition joyeux, optimiste ! – sera de prendre le pouvoir central non pas pour le garder, mais pour le donner aux territoires. Alors oui, quand l’État sera devenu un système de soutien aux centaines de programmes issus de l’action de la société civile, nous pourrons considérer que nous avons accompli notre mission.

 

Que vous inspire une initiative comme #LetsgoFrance ? Les critères sont-ils remplis pour prétendre au titre de « Zèbre » ?

A. J. – Mais oui ! Vous êtes passés à l’acte sans attendre une quelconque instruction, en impliquant la population et dans la bonne humeur… C’est tout à fait « zébresque » !

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