Albert Szulman, CEO de Be-Bound
Développement

Be-Bound, la techno française contre la fracture numérique

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DéveloppementBe-Bound, la techno française contre la fracture numérique

Albert Szulman, CEO de Be-Bound, revient sur la naissance de cette start-up numérique et décrypte pour #LetsgoFrance l'écosystème entrepreneurial français.

Be-Bound est née d’une idée simple : donner accès à Internet en mobilité à tous, même quand il n’y a pas de couverture réseau data.

 

Alors que les politiques existantes reposent plutôt sur les promesses des réseaux haut débit (4G et 5G), nous avons fait le pari d’optimiser ce qui existe et de permettre l’utilisation de tous les réseaux disponibles, y compris le réseau SMS : notre technologie brevetée, grâce à une très faible utilisation de la bande passante, permet à tout possesseur de smartphone de rester connecté à Internet quel que soit le réseau disponible (3G, EDGE, GPRS, SMS, etc.) et quelle que soit la qualité de ce réseau. Très vite nous avons compris que cette solution à priori contre-intuitive pouvait véritablement faire la différence, notamment dans les pays émergents où la connectivité à l’Internet mobile est au mieux très inconstante, au pire inexistante. Nous pouvons ainsi contribuer à réduire (très vite) la fracture numérique en connectant les 4 milliards de personnes (60% de la population mondiale !) qui n’ont pas accès à Internet.

 

Be-Bound, c’est l’histoire d’une innovation frugale française a qui séduit le Palo Alto Research Center. Elle devient la première start-up non américaine à y être hébergée, une révolution en soi !

 

Notre mission est de garantir à l’usager la possibilité de se connecter partout et tout le temps à Internet. Ce devrait être un droit fondamental car c’est l’un des piliers du développement humain. C’est donc un projet sociétal. Notre technologie est capable de séduire aussi bien la SNCF que le Gouvernement du Bangladesh avec qui nous venons de signer un partenariat, pour accélérer le développement numérique du pays (The Digital Bangladesh, Vision 2021). Notre histoire est celle d’une jeune pousse qui, depuis Versailles, relève le défi que les mastodontes de la Sillicon Valley essaient de relever avec des projets extrêmement ambitieux, et très gourmands en ressources. Be­Bound, c’est un peu l’histoire de David contre Goliath, porté par le rêve de connecter le monde, et de contribuer à réduire, immédiatement, sans recourir à d’imposantes ressources financières et techniques, la fracture numérique mondiale.

 

Be-Bound, c’est aussi un rêve qui se matérialise, étape par étape, grâce à la France. Plus concrètement, nous avons pu mettre en place notre projet dans le contexte de transition de l’écosystème business français. Cela nous a permis de bénéficier à la fois des outils classiques et des nouveaux dispositifs d’aide aux entreprises. Notre premier soutien majeur fut celui de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Versailles qui nous a accompagnés, depuis nos débuts et aidé à obtenir les premiers financements. Ce sont ensuite Business France et BPI France qui nous ont aidé à nouer nos premiers partenariats à l’étranger et à financer nos recrutements pour développer notre technologie.

Parallèlement, nous avons été fortement encouragés et soutenus par nombre d’élus locaux et par le gouvernement français: d’Axelle Lemaire, secrétaire d’état chargée du numérique, au secrétaire d’état au commerce extérieur, Matthias Fekl, en passant par le réseau diplomatique. Jusqu’au Président de la République, avec qui nous sommes partis à Cuba et en Inde, comme membres de la délégation d’entrepreneurs français.

Notre parcours démontre que, dans un contexte de soutien favorable à la création d’entreprises au sein de notre pays, l’alliance du public et du privé est un véritable atout face à une concurrence mondiale de plus en plus exacerbée.

 

Une entreprise ne devient pas « grande » simplement en faisant beaucoup d’argent ; en revanche, elle peut faire beaucoup d’argent en se fixant une « grande » mission.

 

Pour aller plus loin, la France doit maintenant faire évoluer sa culture d’investissement et de financement, dans la lignée de la révolution en cours chez BPI, autrefois une simple source de financement, devenue aujourd’hui un réel réseau social d’entrepreneurs et de financeurs. Ce chantier demande un travail profond et continu pour rendre les intervenants français de l’investissement moins frileux et moins orientés vers la recherche d’un retour sur investissement immédiat.

Nombreux sont les investisseurs qui rêvent en effet de trouver la Licorne qui, en deux ou trois ans, multipliera leur investissement par 10, 50 ou plus. Les véritables innovations nécessitent plus de temps, de pivots, pour véritablement changer le monde et trouver le modèle économique gagnant.

L’exemple de Criteo, qui aujourd’hui est une Licorne, côtée à la Bourse de New York, tout en maintenant ses équipes de développement en France, montre que le chemin vers la réussite est long, sinueux, et semé d’embûches. Dans le cas de cette start­up parisienne, les actionnaires-investisseurs ont su maintenir leur confiance à l’équipe dirigeante, même quand les résultats prévus initialement n’étaient pas au rendez-vous, et surtout quand – par pragmatise et réalisme – cette équipe a décidé que plusieurs pivots étaient nécessaires pour arriver au succès.

Larry Fink, le CEO de Black Rock, l’investisseur le plus important au monde (avec près de cinq mille milliards d’assets) dénonce lui-même le court-termisme et fait appel aux approches de long terme. Nous partageons sa vision : une entreprise ne devient pas « grande » simplement en faisant beaucoup d’argent ; en revanche, elle peut faire beaucoup d’argent en se fixant une « grande » mission.

 

Albert Szulman

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