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Affiche de la 72ème édition du Festival de Cannes, qui rend hommage à la cinéaste française Agnès Varda ©Festival de Cannes
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Cinéfondation : la tête chercheuse du Festival de Cannes

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7 min

Plus important festival de cinéma au monde du point de vue du rayonnement international, le Festival de Cannes s’attache depuis vingt ans à renouveler les générations de cinéastes qui font la richesse de sa programmation. Entretien avec George Goldenstern, directeur de la Cinéfondation, cette « tête chercheuse » dédiée à la détection des jeunes talents.

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photo_georges_pour_catalogue_et_accredit.jpg, par AdminLetsGo

Qu’est-ce qui fait de la Cinéfondation un dispositif unique au monde ?

George Goldenstern – Beaucoup de festivals ont aujourd’hui leur dispositif de soutien à la jeunesse du 7e art, mais la Cinéfondation, créée en 1998 sous l’impulsion de Gilles Jacob, est la première initiative du genre.

C’est aussi, et ce encore à ce jour, la seule à proposer trois actions complémentaires qui permettent de détecter au plus fin les talents du cinéma mondial. La Sélection de la Cinéfondation permet à des courts métrages d’école d’être présentés en Sélection officielle à Cannes. La Résidence accueille deux fois par an, dans un même appartement et en leur accordant une bourse – ce que ne font pas la plupart des résidences à l’étranger –, 6 réalisateurs pour écrire leur scénario de premier ou deuxième long métrage. L’Atelier, enfin, sélectionne chaque année 15 projets de long métrage dont le scénario est déjà écrit et qui bénéficient d’un début de financement, et invite leurs réalisateur et producteur à Cannes, au moment du Festival, pour trouver des compléments de financement auprès des professionnels qui viennent du monde entier.

 

La Sélection est réputée pour être « le Graal des écoles de cinéma du monde » ; la Résidence pour être « la Villa Médicis du 7e art ». Qu’est-ce qui fait cette attractivité particulière de la Cinéfondation par rapport aux dispositifs de détection des jeunes talents qui existent ailleurs dans le monde ?

G. G. – Incontestablement, c’est le Festival de Cannes : même si la Cinéfondation est une association loi 1901 distincte du festival, elle a été créée par lui et bénéficie de sa notoriété internationale, de son prestige.

En retour, elle y participe aussi : même si le Festival de Cannes, dans le choix des films présentés chaque année, est totalement indépendant, on y trouve régulièrement des réalisateurs passés par l’un des trois pôles de la Cinéfondation. Ces dernières années, je pense à Lukas Dhont, Caméra d’or en 2018 pour Girl, ou encore à László Nemes, Grand prix du jury en 2015 pour Le fils de Saul, qui ont tous deux écrit leur scénario à la Résidence. Rien que cette année, la Sélection officielle présentera 6 films de réalisateurs découverts par la Cinéfondation ; la Quinzaine des réalisateurs, 4 ; et la Semaine de la critique, 5 films.

De fait, nos dispositifs sont efficaces : au niveau de l’Atelier, 85 à 90 % des films soutenus sont réalisés et sortent en salle ; au niveau de la Résidence, 70 à 80 % des scenarios aboutissent. La Cinéfondation offre une vraie facilité aux réalisateurs.

 

Comme définiriez-vous son esprit français ?

G. G. – Cette ouverture au monde, ce soutien à la création mondiale, cet intérêt pour les nouveaux talents : nous les partageons avec d’autres acteurs français.

 

Quels sont vos critères de sélection ?

G. G. – Dans la mesure où je reçois énormément de films et de scénarios, ce qui m’importe c’est d’être touché, étonné et de découvrir une façon de faire différente par rapport à ce qui est proposé dans chaque pays concerné.

 

Quels sont les réalisateurs que vous êtes le plus fier d’avoir découverts ?

G. G. – Difficile question, tant il y en a ! Mais j’ai une fierté particulière à avoir soutenu László Nemes, parce que son film primé à Cannes a été difficile à produire. Cela a même été pour moi un échec parce que notre but, à la Résidence, est non seulement de faire en sorte que les scénarios aboutissent, mais qu’ils trouvent ensuite un partenaire français pour produire ou coproduire le film. Or je n’ai pas réussi à convaincre, Le fils de Saul s’est fait avec des moyens hongrois uniquement. Heureusement, nous avons pu trouver par la suite une distribution internationale française.

 

L’affiche du 72e Festival de Cannes rend hommage à Agnès Varda, décédée tout récemment, et Claire Denis préside le Jury des Courts Métrages et de la Cinéfondation. Avez-vous constaté depuis vingt ans une évolution de la place des femmes dans le cinéma mondial ?

G. G. – À la Cinéfondation, c’est une question qui à vrai dire ne s’est jamais posée car nous avons toujours eu des réalisatrices. Pour la Résidence, dans la mesure où les personnes viennent du monde entier, la décision se fait sur projet, donc on ne se rend compte qu’au moment de l’entretien final si parmi les personnes qui ont été présélectionnées, on a affaire à des femmes ou des hommes. Je me souviens d’une session à l’Atelier avec 5 réalisatrices et un seul garçon ! Et vice versa, nous avons connu tous les cas de figure.

Après, il est vrai que ce sont la plupart du temps des jeunes femmes qui viennent à la Résidence. Peut-être parce qu’ensuite, avec une famille, il est plus difficile pour elles de se libérer durant quatre mois et demi. C’est en tous cas ce dont je me suis rendu compte en voyant une réalisatrice renoncer à concourir parce qu’elle venait d’avoir un enfant et ne pouvait pas le faire garder.

 

Au regard des milliers de films et projets que vous recevez chaque année, notez-vous une singularité dans la création cinématographique française ?

G. G. – En France, les jeunes ont la chance de disposer déjà d’énormément d’aides et de résidences, c’est pourquoi nous avons choisi de ne pas sélectionner de projets français pour la Résidence et l’Atelier, sauf exception – quand un réalisateur français tourne à l’étranger dans la langue de ce pays.

Mais il y a régulièrement des courts métrage français dans la Sélection. Pour autant, je ne dirais pas que ces films partagent un esprit particulier : aujourd’hui chacun a un style, un ton extrêmement différent. Il y a une quinzaine d’années, il pouvait y avoir une façon de faire assez identique. Mais les choses ont changé : sans doute qu’il y a une curiosité plus grande parmi les créateurs français des nouvelles générations.


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