Des Français mettent la lumière au service du big data
© CNRS Photothèque / Cyril Fresillon
Puissance de calcul

Des Français mettent la lumière au service du big data

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Puissance de calcul Des Français mettent la lumière au service du big data

Lauréate du Prix des start-up normaliennes, parrainé par PwC, et du Grand Prix de l’Innovation de la ville de Paris, la startup française LightOn développe une technologie optique révolutionnaire, qui pourrait bien remplacer les processeurs habituels de nos ordinateurs. Entretien avec Laurent Daudet, professeur à l’université Paris-Diderot et cofondateur de LightOn.

Sur quelle révolution repose le projet LightOn ?

Laurent Dodet : Ces dernières années, il y a eu beaucoup d'innovations utilisant l’intelligence artificielle pour améliorer les systèmes optiques d’imagerie. LightOn, renverse  ce paradigme : c’est l’optique qui améliore l’intelligence artificielle ! Nous développons ainsi un « co-processeur optique » qui, branché à un ordinateur ou un serveur, permet de faire certains calculs utiles au traitement de données massives – big data –, de façon incroyablement efficace. 

A l’heure du tout numérique, faire exécuter des calculs par la lumière, donc de façon analogique, peut sembler totalement à contre-courant. Mais cette technique offre une puissance inégalée : les calculs s’y effectuent typiquement 500 fois plus rapidement que sur un processeur standard. Nous pensons que cette technologie peut répondre à deux défis majeurs de l’intelligence artificielle : d’une part, le passage à l’échelle face au tsunami de données créées à chaque instant, et qu’s il faut pouvoir comprendre ; et d’autre part l’impact environnemental de tels traitements, de plus en plus complexes et exigeants en moyens de calcul, et donc fortement consommateurs d’électricité.

 

Quels sont les principaux défis - scientifiques et technologiques mais aussi financiers, managériaux, etc... - auxquels vous faites face ?

L.D : Tout d’abord, quand on vient du monde de la recherche publique française, il y a beaucoup à apprendre pour lancer une startup. Par exemple, les aspects de propriété intellectuelle, de finance, de comptabilité, apprendre à se repérer dans la jungle des aides publiques. Nous ne manquons pas non plus de défis scientifiques ou technologiques, mais je dirais que nous sommes mieux armés, car ces aspects ne sont pas fondamentalement différents de notre façon de mener les projets de laboratoire, qui fonctionnent de plus en plus en « milestones* » et « deliverables** ». Même pour les aspects managériaux, une startup en phase de création a beaucoup de points communs avec une équipe de recherche : agile, peu hiérarchisée, hyperspécialisée mais en indispensable interaction avec ses collègues, avec une veille constante sur la concurrence. Par contre, les choses ne se passent pas du tout aux mêmes échelles de temps : tout est beaucoup plus rapide !

 

En quoi l'écosystème de recherche français constitue-t-il un atout dans le développement de votre projet ?

L.D : LightOn tire son existence même de l’extraordinaire écosystème de recherche français - nous sommes à l’interface de plusieurs disciplines scientifiques comme l’optique, l’électronique, l’informatique, les mathématiques. Dans tous ces domaines, la France a des chercheurs de premier plan international. En particulier à Paris, il y a une incroyable concentration de centres de recherches, d’universités, d’écoles d’ingénieur : il est facile pour des chercheurs de disciplines différentes de collaborer, et ainsi de développer la recherche aux interfaces. Nous avons également accès à un vivier de jeunes très bien formés. 

 

Existe-t-il selon vous un "esprit start-up" à la française, et si oui l'ENS en est-elle le signe ?

L.D : Le côté très fondamental de nos formations d’excellence en sciences, avec une sélection féroce sur le niveau en mathématiques, a longtemps été perçu comme rétrograde, trop abstrait. Mais, avec la vague actuelle de start-ups technologiques, on assiste à un nouvel âge d’or des sciences pour l’ingénieur : ces profils pointus sont à nouveau très recherchés. L’ENS est un parfait exemple de cette formation d’excellence : elle forme avant tout au monde académique, à la pointe de la recherche, mais dans l’idée que les résultats de cette recherche - et bien sûr celles et ceux qui la font - ont également vocation à diffuser dans l’ensemble du tissu socio-économique. Il y a eu un vrai changement de culture ces dernières années : quand j’y étais étudiant, il y a une vingtaine d’années, « le privé » n’avait en général pas bonne presse parmi les étudiants. Toutefois, malgré toutes ces tendances encourageantes, nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour la diversité et l’équilibre hommes-femmes parmi les créateurs de start-ups. 

 

*Etapes.
**Livrables. 

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