envie_toulouse2017_cph_jacob_-2113.jpg
L'un des ateliers du Réseau Envie, à Toulouse. ©Ph Jacob
Réseau Envie
par

Économie circulaire : Démontrer que c’est possible

Acteur historique de la collecte et de la rénovation de déchets électriques et électroniques, le Réseau Envie ouvrira en 2019 à Paris un « Labo », pour sensibiliser le grand public aux enjeux de l’économie circulaire. Rencontre avec Anémone Bérès, présidente de cette fédération à l’origine de la rénovation de plus de 107 000 équipements en 2017, qui place le social au cœur de son modèle.

La création du Réseau Envie remonte à 1984 ; peut-il être considéré comme l’un des pionniers de l’économie circulaire ?

anemone_beres_aout2018.jpg

anemone_beres_aout2018.jpg, par AdminLetsGo

A.B : Nous avons en tout cas une histoire de plus de 30 ans alors qu’on ne parlait pas encore en France de rénovation des déchets ni d’économie circulaire. Depuis nos débuts, notre modèle se base sur le social, l’écologie et l’économie. Le social d’abord, car aujourd’hui 2 250 de nos 3000 salariés sont en parcours d’insertion. L’écologie, ensuite, par des métiers qui préservent l’environnement et enfin l’aspect économique, avec un réseau d’entreprises qui ont chacune leur propre rentabilité.

 

Nous insistons particulièrement sur la dimension sociale, puisqu’aujourd’hui les personnes sans qualification et éloignées de l’emploi n’ont aucune chance dans un marché classique.  Notre modèle montre qu’avec de la formation, de l’accompagnement et un véritable investissement, ça marche. Aujourd’hui, 70 % de nos employés retrouvent un emploi ou une formation après un an passé à travailler au sein du Réseau.

 

Comment décrire votre activité ?

A.B : Schématiquement, notre activité s’organise autour de deux branches. Alors que la première concerne le ramassage et la collecte d’équipements ; la deuxième s’articule autour de la réparation et du réemploi. Cette deuxième partie de notre activité s’occupe donc de la récupération d’équipements, de leur démantèlement et de la fabrication de nouveaux appareils, sachant qu’il faut en moyenne trois machines pour en rénover une neuve ! Nous les vendons ensuite sur notre réseau à moindre coût et avec une garantie d’un an.

 

Depuis 2006, les États européens doivent organiser la collecte des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) des particuliers, mais aussi mettre en place leur réutilisation ou recyclage. Le sujet de la collecte des déchets est donc de plus en plus prégnant aujourd’hui. En quoi votre activité a-t-elle changé depuis ses débuts ?

A.B : La plus grande différence par rapport à nos débuts, c’est que les déchets tendent aujourd’hui à prendre une valeur marchande. Nous sentons que le marché s’industrialise peu à peu, avec des acteurs qui essaient de massifier et mécaniser le plus possible la collecte et le recyclage des déchets ; ce qui est un peu antinomique avec la démarche d’économie circulaire… Cette gestion à haute intensité capitalistique n’est en tout cas pas dans notre ADN, qui se rapproche plus de l’artisanat. Certaines de nos entreprises ont toutefois atteint une taille conséquente et, bien gérées et situées au cœur des bassins de production de déchets et de transports, elles occupent le terrain.

 

Au fond, nous sommes encore bien loin d’une économie circulaire en France…

A.B :  Nous avons activement contribué à la feuille de route pour l'économie circulaire (FREC) du gouvernement. Celle-ci indique une direction, mais a encore besoin d’être déployée avec des mesures concrètes et des dispositifs, notamment fiscaux. On devrait aussi y inscrire des objectifs quantitatifs de déchets à réemployer : car on ne recycle que quand on ne peut plus réparer ni réemployer [ndlr : contrairement au recyclage, le réemploi consiste à réutiliser l’objet pour le même usage pour lequel il était prévu] !

 

Nous sommes en fait à la croisée des chemins, au milieu du gué : il y a une prise de conscience, mais pour réussir à changer le modèle, il faut agir, démontrer, et accepter quelques changements de comportements. Nous sommes loin d’un modèle idéal qui serait basé sur la consommation modérée, la valorisation de la réparation et du réemploi, pour n’utiliser le recyclage qu’en dernier recours. Depuis cette année, nous nous lançons par exemple dans des filières qui ne sont pas du tout organisées, comme le recyclage des aides médicales techniques (fauteuils roulants, etc.) : Envie Autonomie. Nous avons aussi à cœur de mener une action de plaidoyer très importante, d’où par exemple le « Green Friday », en opposition au Black Friday, pour sensibiliser à la folie du gaspillage et de l’hyper-consommation. On doit faire bouger les lignes !

 

Vous lancez en 2019 à Paris le « Labo Envie » dans un bâtiment de 500m2 pour accueillir et sensibiliser le grand public aux enjeux de l’économie circulaire.

A.B : Ces dernières années, le réseau a connu une accélération avec des ouvertures en régions, de nouvelles activités innovantes, et donc, naturellement la création de nouveaux postes en insertion. Nous changeons d’échelle, et il nous semblait donc important qu’Envie ait un lieu vitrine dans la capitale. Nous souhaitons pouvoir présenter nos savoir-faire et services ; mais surtout proposer aux franciliens des équipements rénovés et garantis, ainsi qu’un service de réparation pour tous. Le « Labo Envie » sera aussi un lieu de sensibilisation et d’expérimentation de l’économie circulaire, un carrefour de makers qui valorisera auprès des petits et des grands le réemploi et la réparation. Rendez-vous à l’automne 2019 !


Pour recevoir toutes nos publications, abonnez-vous à notre newsletter

Intéressé ? Laissez-nous votre email.Nous vous préviendrons dès l’ouverture des candidatures.

Chargement …

Le respect de votre vie privée est notre priorité.

Nos partenaires et nous-mêmes utilisons différentes technologies, telles que les cookies, pour personnaliser les contenus et les publicités, proposer des fonctionnalités sur les réseaux sociaux et analyser le trafic.
Merci de cliquer sur le bouton ci-dessous pour donner votre accord.