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Musique

Laurence Equilbey, le chœur à l'ouvrage

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MusiqueLaurence Equilbey, le chœur à l'ouvrage

Formée à Paris, à Vienne et en Suède, la chef d'orchestre Laurence Equilbey compte parmi les plus grands noms de la direction musicale française. A la tête d'Insula orchestra, ensemble en résidence à la Seine Musicale sur l'île Seguin, elle est régulièrement invitée à diriger les formations les plus prestigieuses d'Europe et a tenu la baguette pour le concert inaugural du Louvre Abu Dhabi. Entretien en mode offrande musicale.

On parle beaucoup des « serial-entrepreneurs ». Peut-on vous qualifier de serial-entrepreneuse dans l’univers musical et vocal ?

Laurence Equilbey : Il est vrai que j’ai créé beaucoup de structures depuis vingt ans : le chœur accentus, le Département Supérieur pour Jeunes Chanteurs, le réseau européen Tenso qui relie les chœurs professionnels d’Europe, un centre de ressources pour l’art vocal, le Cen, et le dernier-né : Insula orchestra, dédié au répertoire classique et préromantique sur instruments d’époque. Un rêve et un aboutissement en résonance avec mon éducation viennoise aux côtés de Nikolaus Harnoncourt. Après un beau compagnonnage avec la Philharmonie de Paris, La Seine Musicale a rendu possible mes nouvelles envies, et me permet de les partager, car nous invitons d’autres chefs et d’autres ensembles.  

 

Etre femme et chef d’orchestre, c’est facile ?

L.E : La proportion de femmes programmées est actuellement de 4 % ! Il y a un empêchement très net pour les femmes chefs, pour les compositrices, dans une moindre mesure pour les solistes. Cette situation n’est pas acceptable. La prise de conscience existe, notamment au niveau de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, mais les mesures concrètes tardent. Où il y a de l’argent public, les responsables politiques doivent agir.

 

Quel regard portez-vous sur La Seine Musicale ?

L.E : Musique classique, jazz, musiques du monde … : c’est un lieu très éclectique, assez proche du Barbican à Londres, une sorte de « Festival Hall ».

La Seine Musicale a la particularité d’accueillir deux modèles économiques différents, l’un relevant du public, le Département des Hauts-de-Seine, dont je dépends, et l’autre privé, notamment pour l’exploitation de la Grande Seine (NDLR : inaugurée par Bob Dylan en avril 2017). 

Notre salle de concert - l’Auditorium - est exceptionnelle. Les instruments d’époque y sonnent merveilleusement bien. La fosse d’orchestre permet de créer de belles formes scéniques. C’est un écrin exceptionnel.

 

Existe-t-il un style français en matière de direction d’orchestre ?

L.E : Oui, si l’on parle d’une culture de l’oreille. D’un goût du détail, de la texture, de l’harmonie. On est très friand des jolies balances. Raffinement sonore, impétuosité, goût de l’imprévu, génie de l’instant : tout cela peut caractériser le « style français ». On aime cette espèce de panache soudain. Mais je parlerais plutôt de sensibilité artistique que de façon de diriger. Par ailleurs, en nombre d’ensembles sur instruments d’époque, la France est en tête de peloton en Europe, et l’excellence de ses écoles unanimement reconnue. 

 

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