Les Gobelins en font tout un art
Animation

Les Gobelins en font tout un art

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AnimationLes Gobelins en font tout un art

Moi, moche et méchant : n°3 du box-office mondial en 2010. Astérix & le domaine des dieux : 3,5 millions d’entrées à travers le monde. Les Minions : plus de 6 millions d’entrées rien qu’en France, et film le plus rentable jamais produit par Universal Studios… 

Le point commun entre ces succès planétaires du cinéma d’animation ? Tous portent la patte d’anciens élèves de la célèbre école de l’image des Gobelins. Alors que la Croisette s’apprête à accueillir le 69e Festival de Cannes, suivi en juin par le 42e Festival international du film d’animation d’Annecy, Nathalie Berriat, directrice de la première école d’animation au monde, nous livre les secrets d’un fleuron de la création française.

 

Comment expliquer que les Gobelins soit une école unique au monde ?

Nathalie Berriat : Depuis sa création en 1963, notre établissement parisien s’est imposé comme l’école de référence dans les métiers de la création visuelle. Si nous sommes réputés pour l’animation, nos autres filières de formation comme la photographie – notre discipline historique –, le design graphique et interactif, la communication imprimée et plurimédia, le jeu vidéo, sont tout aussi reconnues. C’est là notre première spécificité : aucune autre école de l’image n’offre une palette aussi complète de métiers. Nous encourageons d’ailleurs nos élèves à circuler entre ces filières. Depuis septembre 2015, une classe préparatoire incite ainsi les jeunes talents à explorer différents univers avant d’effectuer leur choix de cursus.

Une autre spécificité de notre école, à laquelle nous tenons beaucoup, est la formation en apprentissage. La moitié des 800 élèves que nous accueillons chaque année sont préparés par ce biais au monde professionnel. Cette approche, accompagnée par la Chambre de commerce et d’industrie de Région Paris Ile-de-France, permet à nos étudiants d’acquérir les compétences recherchées par les entreprises. Celles-ci sont omniprésentes dans nos cursus : depuis le concours d’entrée jusqu’au diplôme à travers nos jurys, en passant par des workshops thématiques, des ateliers de créativité ou encore des projets pédagogiques, qui proposent aux élèves des mises en situation réelles. Nos sessions annuelles de speed-recruiting marquent l’apogée de ce dispositif : chaque année à la fin juin, les grands studios d’animation tels que DreamWorks – dont le directeur de l’animation, Kristof Serrand, est issu des Gobelins –, Illumination Mac Guff, Ankama, Tinto… viennent y chercher de nouveaux apprentis ou recruter de jeunes diplômés. Toute filière confondue, nous affichons un taux d’insertion de plus de 80 %, pour un taux de réussite aux examens de 95 %.

Dernière grande caractéristique de l’école : son ouverture à l’international. C’est une dimension essentielle car les métiers auxquels nous formons s’exercent au sein d’équipes multiculturelles, si ce n’est hors de France. Traditionnellement, nous accueillons à l’année 25 à 30 % d’étrangers et organisons chaque été une Summer School, qui offre à des participants du monde entier un perfectionnement en animation 2D. Mais nous voulons faire plus : à partir de la rentrée 2016, un Master of Arts dédié à l’animation, intégralement en anglais, devrait attirer les meilleurs talents de la planète et accroître encore notre rayonnement international.

 

Qu’est-ce qui, selon vous, caractérise l’animation « à la française » ?

N. B. : La France a la chance d’avoir une riche histoire, qui nourrit les univers artistiques des animateurs. De là découle aussi une grande diversité des styles, des imaginaires, que nous stimulons d’autant plus aux Gobelins qu’avant de former à la 3D, nous exigeons une parfaite maîtrise du dessin en 2D : nos élèves doivent savoir tenir le crayon, afin de laisser libre cours ensuite à leur créativité. La méthode est payante : le monde entier reconnaît à nos étudiants un savoir-faire technique et une inventivité hors pair. Notre école donne aussi un accès privilégié à l’innovation grâce au Labo Ergo-design - monté en partenariat avec le laboratoire Userlab Lutin, hébergé par la Cité des sciences et de l’industrie et qui dépend du CNRS, qui offre tous les outils pour évaluer l’expérience utilisateur, via des tests très poussés et permettre ainsi des analyses particulièrement fines. 

Selon Kyle Balda, coréalisateur du film Les Minions avec notre ancien élève Pierre Coffin, les Français savent également particulièrement bien raconter des histoires, avec fraîcheur et émotion. Par rapport aux Américains, dont le style tend à la rondeur, ils se distingueraient aussi par un design aiguisé… Notons par ailleurs que la France est l’un des pays les plus avancés sur la question de la « féminisation » de l’animation, un métier traditionnellement masculin : avec 20 % de femmes aux commandes dans les studios (ce qui est encore très insuffisant), la création française ne peut en être qu’influencée.

Toutes ces caractéristiques nous valent d’être le 3e pays producteur d’animation au monde après les États-Unis et le Japon, et le 1er européen. C’est dire si l’animation française a une influence majeure sur la production internationale.

 

La France, un territoire animé

N. B. : On parle beaucoup de Valence et de la Cartoucherie, où sont réalisés les plus grands films d’animation 3D « made in France ». Il y a aussi Angoulême et son Pôle Image Magélis. Sans compter Annecy : son festival, référence mondiale du cinéma d’animation, et son marché, le Mifa, où se retrouvent chaque année plus de 8 000 professionnels. 

La France compte un réseau d’écoles de cinéma d’animation très dynamique, baptisé le RECA, qui regroupe 25 institutions d’excellence (plusieurs figurent dans le top 10 des meilleures écoles du monde) et bien réparties sur le territoire. 

Rappelons aussi qu’Illumination Mac Guff - né en 2011 du rachat du Français Mac Guff par l’Américain Illumination, propriété d’Universal Pictures, a choisi Paris pour installer ses studios, dans un contexte où de nombreux acteurs du secteur se relocalisent en France. 

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