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Hyderabad, lieu de naissance de Zify. ©reddees / Shutterstock.com
Covoiturage
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Pourquoi l’indien Zify mise sur la France

Zify n’a pas froid aux yeux. Pour poursuivre le développement de ce service de co-voiturage courte et moyenne distance, son fondateur Anurag Rathor a choisi de se rapprocher du leader et source d’inspiration, Blablacar. Bye-bye l’Inde et bonjour la France pour un pari audacieux.

Le French Tech Ticket que vous avez remporté en 2016 a été le début de votre aventure.

Anurag Rathor : Ce French Tech Ticket est le résultat de rencontres. Nous étions sélectionnés pour participer aux Motor Show de Hanovre et de Paris. C’était en 2015. Nous avons fait une présentation et quelqu’un de la Mairie de Paris, du bureau de Jean-Louis Missika* plus particulièrement, nous a remarqués. Il nous a parlé du French Tech Ticket alors que j’étais déjà en train de considérer l’Europe comme potentiel marché pour Zify. Il me semble que le French Tech Ticket était une initiative d’Emmanuel Macron, alors qu’il était ministre de l’économie ? J’adorerais le voir pour l’en remercier ! Dès qu’on est entré dans le circuit du French Tech Ticket, nous avons été accueillis et soutenus par le Welcome City Lab et Business France. Et même si aujourd’hui nous avons pris notre envol et déménagé dans de plus grands locaux, ils sont toujours prêts à nous aider. Des personnes très compétentes et chaleureuses !

 

« Je suis sûre qu’en étant une entreprise française aujourd’hui, nous ferons de Zify un leader international demain. » Anurag Rathor

 

Vous avez donc renoncé à Londres, Tel Aviv et San Francisco pour vous installer à Paris, quelle a été la réaction de vos proches ?

A.R : Ils ont été très surpris ! Ils n’y voyaient pas la même opportunité que moi. Pourtant, c’est ici à Paris qu’il faut être pour deux raisons. La première : dès qu’on parle de co-voiturage partout dans le monde, le nom qui ressort aussitôt est Blablacar. Il y a une demande pour ce type de service et la France, à travers le succès de Blablacar, en a apporté la preuve.

La seconde : le co-voiturage est un levier de poids dans la démarche de développement durable. Paris, avant et après la COP 21, en est la ville ambassadrice. Les Accords de Paris sont mondialement connus. Toutes les conditions sont réunies dans cette ville : l’état d’esprit innovant, toujours prêt à tester de nouvelles choses et une politique de transport. C’est the place to be pour faire des expériences et se lancer. Je suis sûre qu’en étant une entreprise française aujourd’hui, nous ferons de Zify un leader international demain.

 

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zify.jpeg, par AdminLetsGo

L'équipe Zify à ses débuts à Hyderabab (©Cédric Emmanuel)

 

Anurag, vous êtes indien. L’application Zify a été lancée en 2011 à Hyderabad avant de s’étendre à Bangalore. C’est déjà culotté de lancer un service de co-voiturage courte et moyenne distance dans un pays où l’offre de transport est conséquente – bus, rickshaw à vélo, auto-rickshaw à moteur, train de banlieue etc. Comment avez-vous fait ?

A.R : Notre point fort, c’est l’analyse de datas. J’ai moi-même été data analyst pour la banque Wells Fargo à Hyderabad pendant six ans et demi. Tous les jours, j’ai fait ce parcours maison-travail. Et j’ai compris que lorsqu’on étudie les flux et la mobilité des gens, tout est question de datas et de tendances.

 

Que vous ont dit les datas ?
A.R :
En Inde, elles nous ont montré que pour 50 déplacements, 49% des véhicules appartiennent à des particuliers. On constate également qu’aux heures d’ouverture et de fermeture des bureaux, il y a plus de véhicules privés que de taxi, sur ce trajet maison-travail. Et que ces véhicules sont quasiment inoccupés. Ce que nous avons appris en Inde nous sert ici et vice versa. De fil en aiguille, on compte maintenant plus de 500 000 utilisateurs de l’application à Hyderabad, Bangalore, Stuttgart, Cologne et Dublin. Paris nous a servi de porte d’entrée vers le marché européen.

 

« Notre partenariat avec la Française des Jeux est innovant parce qu’il instaure une collaboration entre les points de vente et le mode de transport. » Anurag Rathor

 

En étant en France, vous êtes en quelque sorte sur les terres de Blablacar. Comment vous positionnez-vous par rapport à eux ?
A.R : Nous avons lancé Zify alors que Blablacar arrivait en Inde. C’était en 2015. Blablacar s’est beaucoup investi dans l’acculturation au co-voiturage, pratique toute nouvelle en Inde. Nous en avons indirectement bénéficié. En nous installant à Paris, nous pouvons continuer d’apprendre d’eux, tirer des enseignements de leur expérience. Personne au monde n’a pu réaliser ce que Nicolas [Brusson] et Frédéric [Mazella] ont fait. Ils sont notre plus grande inspiration. Pour nous, il s’agit plus de quelque chose de constructif que de concurrence. Disons que c’est une saine concurrence, mêlant respect et challenge. Au bout du compte, nous voulons tous agir pour l’environnement et le développement durable.

 

Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ?

A.R : Il y a d’une part le recrutement. Et ce n’est pas la partie la plus facile ! Les talents sont là, mais soit ils travaillent déjà pour de grandes compagnies, soit ils déménagent au Royaume-Uni. On lutte un peu d’autant plus que nous tenons à recruter localement, pour s’assurer d’avoir des collaborateurs qui connaissent le marché français et qui parlent la langue.
Notre développement repose également sur notre stratégie de partenariat. Je peux vous parler de celui que nous avons avec la Française des Jeux. Il est innovant parce qu’il instaure une collaboration entre les points de vente et le mode de transport. Avec ce partenaire, nous essayons de transformer chaque point de vente FDJ en lieu de rendez-vous pour être pris ou déposé en voiture, pour un trajet maison-travail. N’oublions pas que le particulier en voiture ne se rendra jamais chez d’autres particuliers pour les emmener au travail : ce n’est pas rentable pour lui. Donc, comme un bus, il faut un arrêt commun et accessible à tous. Pourquoi pas les points de vente FDJ ? Ils constituent un réseau dense, connu, repérable, et jamais bien loin ! Enfin, nous accélérons notre collaboration avec les organismes institutionnels chargés des politiques de transport, comme Ile-de-France Mobilités et son homologue à Aarhus au Danemark, la DB en Allemagne.


Zify a obtenu en juin dernier le label Solar Impulse Efficient, une initiative de la Fondation Solar Impulse pilotée par Bertrand Piccard. Elle vise à mettre en avant les solutions qui répondent à des critères élevés en matière de durabilité et de rentabilité.


*Adjoint à la Maire de Paris, chargé de l'urbanisme, de l’architecture, du projet du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité

 

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Résumé

Le French Tech Ticket que vous avez remporté en 2016 a été le début de votre aventure.

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