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Réussir autrement
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Sonia, étudiante : « J’ai supprimé deux mots de mon vocabulaire : chance et impossible »

Vous lisezSonia, étudiante : « J’ai supprimé deux mots de mon vocabulaire : chance et impossible »
8 min

Si on lui demande quelle est la réussite dont elle est la plus fière, elle désignera sans hésiter sa vie de famille. Qui est son modèle ? Avec modestie, elle répondra par une autre question : pourquoi en avoir un ? Sonia Benameur démonte les poncifs. Pour elle, la réussite n’est pas la destination mais le voyage d’une vie et le plus grand gâchis serait de ne rien faire de ce qu’elle lui enseigne. Sonia Benameur a 19 ans. Conversation avec une force de la jeunesse dont on gagnerait tous à apprendre.

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photo_sonia_benameur.jpeg, par AdminLetsGo

Sonia, pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours, votre objectif ?
Sonia Benameur : Je viens de Ris Orangis dans le 91 et je suis actuellement élève à Sciences Po Paris. Rien ne me destinait à me retrouver dans cet établissement, mais je me suis toujours dit que ce n’est pas parce que je ne suis née dans un certain milieu que je ne pourrai pas en changer. Je crois beaucoup en l’éducation et j’aimerais devenir, dans quelques années, ministre de l’Education.

 

Rien que ça ! Vous ne manquez pas d’ambition. D’où vous vient-elle ?
S.B : Peut-être de mon enfance. J’ai eu une enfance parfaite pendant laquelle je n’ai manqué de rien. J’ai deux familles qui me sont chères ; Il y a d’une part mon père, ma mère, mon petit frère et ma grande sœur, et d’autre part Christine, ma tutrice de l’Institut Télémaque, qui m’accompagne depuis mes 11 ans dans mon parcours scolaire. Ils m’ont toujours dit que nos seules limites sont celles que l’on se donne. C’est comme ça qu’au fur et à mesure, j’en suis venue à supprimer de mon vocabulaire deux mots : chance et impossible. Même si le chemin peut paraître long et périlleux, ce n’est pas la chance qui est à la manœuvre mais bien les opportunités que l’on se crée. Et l’éducation est créatrice d’opportunités

 

« Même si le chemin peut paraître long et périlleux, ce n’est pas la chance qui est à la manœuvre mais bien les opportunités que l’on se crée. Et l’éducation est créatrice d’opportunités. » Sonia Benameur

 

A vous entendre, on comprend que vous ne laissez rien au hasard ?
S.B : J’ai plutôt les pieds sur terre. Plus j’avance dans mon parcours, plus je comprends qu’il faut transformer ses rêves en objectifs concrets. Et être méthodique.
Mais plus important encore, c’est croire en soi, savoir s’apprécier soi-même, se faire confiance parce que personne d’autre ne peut le faire à notre place. C’est une posture qui forge la détermination, aide à ne pas avoir peur de l’échec et même à le transformer en quelque chose de formateur. Parfois, il faut « faire croire à son esprit qu’on va réussir » pour se remettre en selle.


Quelle est la réussite dont vous êtes la plus fière ?
S.B : Je suis très « famille » et ma réussite, ce sont les deux familles dont je vous parlais, ma famille de sang et ma famille de cœur. J’ai tissé avec eux des liens indéfectibles qui me porteront toute ma vie et en avoir conscience me donne confiance en l’avenir.
Ne pas mettre la réussite scolaire au premier plan était volontaire car avoir des bonnes notes c’est bien, mais ce n’est pas le plus important. D’ailleurs ils ne m’ont pas poussé outre mesure à être « scolaire ». On ne m’a jamais dit « si tu ramènes moins de 15/20, ça va barder ! »
Ils voyaient plus loin et souhaitaient surtout que je me fasse confiance et que je n’ai aucun complexe d’infériorité. Ils m’ont transmis la détermination. L’échec aurait été de ne pas transformer tout ce que mes deux familles m’ont appris.

 

La réussite vous a été enseignée, en quelque sorte, dans le cadre familial. Pensez-vous qu’un jour la réussite s’enseignera à l’école ? 
S.B : Elle devrait être au programme ! L’école est assez déconnectée de la vie à laquelle elle a le devoir de nous préparer. On a des cours, mais il manque la pratique. C’est difficile d’avoir un projet d’étude ou un objectif professionnel si on n’est pas sur le terrain. On n’a qu’un seul stage en 3e et cela ne suffit pas à se choisir une orientation post-bac. On ne peut pas décider de son avenir en fonction d’un seul stage. J’en vois qui même arrivés en master ne savent toujours pas vers quelle carrière se tourner. Grâce à ma tutrice Christine, j’ai fait un stage à l’hôpital. J’ai compris que ce n’était pas mon truc. Si je ne l’avais pas fait, j’aurais perdu du temps en médecine et j’aurais raté ma vocation. C’est en visitant l’Assemblée nationale que je me suis dit : c’est là, précisément, que je me vois.
Concrètement, je mettrais au programme des cours de « terrain » et des exercices de développement personnel pour inculquer la confiance en soi et la méthodologie. La réussite, ce n’est pas un gros mot : on y va pas à pas, ça s’enseigne.

 

« La réussite, ce n’est pas un gros mot : on y va pas à pas, ça s’enseigne. » Sonia Benameur

 

Quelles sont les réussites qui vous inspirent ?
S.B : Je citerais mon père qui est né en Algérie et qui est arrivé en France, seul. Simone Veil aussi, parce que c’est une femme qui a subi énormément de cruautés et vu des horreurs dans les camps ; elle n’a jamais su ce qu’il était advenu de son père et son frère. Et malgré tout ce qu’elle a subi et traversé, elle n’a jamais baissé les bras ni abandonné ses objectifs.
Dès qu’une personne réussit, je me réjouis pour elle, mais je n’en ferais pas forcément un modèle parce qu’on a tous des parcours différents. La réussite prend tellement de formes différentes. Ce que je retiens c’est qu’il n’y a plus forcément de modèle, de règle, que chaque parcours est singulier, mais surtout qu’il y a des talents partout. Personne ne naît sans talent, le plus difficile c’est de le trouver, d’en faire quelque chose pour avoir un impact positif.

 

Le mot de la fin ?                                                 
S.B : Le mot de la fin est pour l’Institut Télémaque. Ils sont venus vers moi alors que j’étais au collège Jean-Lurçat. Quand j’ai été convoquée dans le bureau du proviseur et qu’ils m’ont dit « Sonia, tu es une élève brillante, on veut t’emmener plus loin », je n’y ai franchement pas cru. J’étais réticente, suspicieuse, me disant qui ferait de telle chose, avec autant de bienveillance, pour mon avenir en dehors de ma famille ? Il existe bel et bien des gens qui veulent aider et rien d’autre qu’aider, sans rien en échange.
Quasiment aucun de mes professeurs ne m’a dit que Sciences Po était à ma portée. On ne m’a pas présenté cette option car j’étais comme prédestinée au DUT ou au BTS. Des formations très bien en soit, mais quand on y va par défaut, ce n’est pas la même chose. Ce biais fait que les dés sont pipés dès le début de nos vies professionnelles. Je ne remercierai jamais assez les quelques professeurs qui m’ont encouragée. Ce n’est pas la majorité du corps professoral qui a adopté cette attitude. Au bout de 3 ans, me voilà sur les bancs de Sciences Po, avec des repères et un réseau professionnel en construction.  

 


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