Hysilabs et la région Paca sont-ils en train de lancer le carburant du futur ?
Energie

Hysilabs et la région Paca sont-ils en train de lancer le carburant du futur ?

par

EnergieHysilabs et la région Paca sont-ils en train de lancer le carburant du futur ?

C’est l’histoire d’une découverte scientifique dans un laboratoire d’Aix-Marseille Université. Une réaction chimique imprévue qui, en moins de 3 ans, a mené à la commercialisation d’un carburant alternatif prometteur. Rencontre avec Pierre-Emmanuel Casanova, co-fondateur de la start-up HySiLabs, qui porte le projet.

La start-up HySiLabs propose un carburant liquide à base d’hydrogène, respectueux de l’environnement, ayant une utilisation similaire au carburant conventionnel. Ce carburant alternatif a fait l’objet de dépôts de brevets internationaux en Europe, en Asie, en Amérique du Nord.  

 

Comment est née HySiLabs ?

Pierre-Emmanuel Casanova : Tout a commencé par une réaction fortuite, lors d’une synthèse organique réalisée par une équipe de chimistes, à Aix-Marseille Université. Ils se sont retrouvés avec un gaz qu’ils ont testé, tout simplement, en grattant une allumette : cela a explosé. Ils ont en alors déduit qu’ils avaient là un carburant liquide susceptible de libérer facilement de l’hydrogène. Et c’est comme cela que la machine s’est lancée. Aix-Marseille Université a ensuite passé le relais à la Satt Sud-Est, la société de transfert technologique, chargée de valoriser la recherche publique et son déploiement vers l’industrie.

A ce moment-là, mon associé Vincent Lôme a eu une collaboration scientifique avec l’équipe de recherche à l’origine de la découverte. Il pressent qu’il y a quelque chose à faire. Nous avions été étudiants ensemble et partagions la même vision de l’innovation et de l’environnement. Il ne m’en a pas fallu plus pour me lancer dans une analyse de marché, et essayer de comprendre : nous avions là une solution. A quel problème pouvait-elle répondre ? Un ordre de réflexion un peu inhabituel.

Nous nous sommes rapprochés de la Satt Sud-Est en 2013 et leur avons manifesté notre désir de créer la start-up qui ferait décoller cette découverte. Nous avons été directement incubés par Impulse, le même incubateur que Dual Sun. C’est là que nous nous sommes familiarisés avec l’aspect juridique et administratif de ce qu’est une société. 2 ans plus tard, HySiLabs existait.

 

"Beaucoup de technologies sont en train d’émerger et bataillent entre elles. C’est pourquoi mon associé et moi sommes plutôt en faveur de la mixité énergétique." Pierre-Emmanuel Casanova

 

Justement, comment remonter de la solution vers le problème ?

P-E.C : Accompagné par l’incubateur inter-universitaire Impulse, nous nous sommes lancés dans un tour d’Europe pour rôder nos idées, voir les réactions. Nous nous sommes rendus à la grande foire industrielle de Hanovre. Nous avions si peu de moyen que nous logions dans une auberge de jeunesse. C’est au culot que nous nous sommes dirigés vers les stands des acteurs de l’hydrogène, avec notre tablette et notre présentation en 4 slides. La spontanéité de notre démarche a été bien accueillie.

Les personnes que nous avons rencontrées y ont vu une technologie de rupture. Certains nous ont dit « on va vous aider, on est intéressé, aller plutôt sur tel marché ». Nous avons collecté plein d’informations, cela a été comme une sorte d’auto-due dilligence avant de nous investir dans notre propre entreprise.

Dans cette foire, nous sommes tombés sur un pavillon français très intéressant. Une partie des exposants sont aujourd’hui des partenaires, comme Pragma industries, Symbio Fcell, qui développe des véhicules et des prolongateurs d’autonomie à hydrogène et ad-venta, spécialiste de la gestion de gaz haute pression.

Ce sont des partenaires transverses, issus comme nous du monde de l’hydrogène. Ils partagent notre vision ; nous voulons vraiment travailler avec tous les acteurs. Nous ne cherchons pas à les court-circuiter mais plutôt à travailler main dans la main avec eux car ils nous amènent le marché.

 

Comment expliquer que votre carburant à hydrogène interpelle tant d’acteurs différents ?
 

P-E.C : C’est parce qu’il a une grande flexibilité et donc des usages multiples. Aujourd’hui, on peut dimensionner le groupe électrogène pour qu’ils répondent à tous les besoins électriques. Notre carburant à hydrogène peut répondre aux demandes de nombreux marchés, de plus petits aux plus grands. A nous d’identifier les bons, ceux qui peuvent nous aider à croître rapidement.

Si nous n’avions pas fait toutes ces rencontres, nous nous serions probablement automatiquement dirigés vers la mobilité et les véhicules. Or c’est un marché difficile à atteindre, déjà préempté par la R&D de grands groupes. Il y a d’autres choses à tenter dans la mobilité, mais pas du côté du grand public pour commencer, mais plutôt côté pro, comme les chariots élévateurs. C’est en nous faisant connaître sur ce type de problématique que nous construisons la légitimité de notre produit et qu’à terme, nous sommes recommandés à de grands groupes. 

 

"Pour le bien de tous les territoires, tout ne doit pas se passer à Paris. Centraliser, c’est passer à côté de grandes découvertes." Pierre-Emmanuel Casanova

 

Le marché français des énergies alternatives est-il fertile ?  

P-E.C : Je constate une importante capacité à innover en France dans ce secteur. Beaucoup de technologies sont en train d’émerger et bataillent entre elles. C’est pourquoi mon associé et moi sommes plutôt en faveur de la mixité énergétique.  A quoi bon être exclusivement solaire ou hydrogène alors qu’avec agilité, on peut bénéficier du meilleur des deux ? Nous sommes très attachés à ce principe. Aussi, quand nous sommes en présentation dans un grand groupe, nous n’hésitons pas à inclure nos partenaires. HySiLabs a une technologie, mais la présente au sein d’un dispositif énergétique mixte, faisant ainsi appel à d’autres partenaires. Le grand groupe peut ainsi en tester plusieurs, dans une logique d’ensemble. S’il ne nous choisit pas mais préfère le partenaire, ce n’est pas grave. Cela veut juste dire qu’il ne serait pas allé vers HySiLabs, quoiqu’il arrive. Au moins, nous aurons exposé notre vision et cela aura débouché sur quelque chose de positif.
C’est cette transparence qui nous permet de nouer de solides partenariats, et de créer des synergies sur le marché des énergies alternatives. Le deuxième avantage de cette démarche, c’est qu’elle nous donne accès à des connaissances que nous n’avons pas en propre.

 

L’écosystème autour des start-ups vous a-t-il été favorable ?

P-E.C : A tous les niveaux, européen, national et régional. Nous avons bénéficié du soutien financier et technique de KIC InnoEnergy, un organisme créé par l’UE. Il a notamment pris des parts dans la société pour siéger au directoire et nous conseiller. HySiLabs a été lauréat d’ i-lab, le concours national d’aide à la création d’entreprise et de technologies innovantes du ministère de la recherche. Nous avons ainsi eu des subventions à hauteur de 250 000 euros, sans compter d’autres aides régionales via le Dispositif d’amorçage de Provence. Nous avons aussi été lauréats d’un concours organisé par le Réseau entreprendre Provence. Leurs aides nous ont rendu plus sereins au sujet de notre trésorerie, et nous ont aussi donné accès à leur réseau. Je pense au technopôle de l’environnement Arbois Méditerranée où nous sommes implantés et qui nous a apporté son aide dans la réalisation du premier prototype.

Il est crucial que ces structures en Paca poursuivent leur action et leur développement, afin que l’innovation reste dans la région où elle est née et lui bénéficie en retour. Ici aussi nous avons de supers profils de technicien, d’ingénieur, issus de nos grandes écoles. Pour le bien de tous les territoires, tout ne doit pas se passer à Paris. Centraliser, c’est passer à côté de grandes découvertes.

 

 


La synergie, ce n’est pas du vent !

HySiLabs prône la synergie et la mixité énergétique. Elle développe actuellement, au sein du Technopôle de l’environnement  Arbois Méditerranée, une tour télécom IoT, pour déployer un réseau d’objets connectés sur le site. La petite antenne IoT sera alimentée par un système hybride alliant la technologie photovoltaïque, fournie par une société lyonnaise Cysalys et un groupe électrogène fonctionnant à l’hydrogène conçu par HySiLabs. Un relais essentiel pour les jours de grisaille ! Lancement prévu pour septembre. 

 


Chargement …