raisinor.png
Raisinor : le carburant du futur
mobilité durable
par

Rouler au marc de raisin dans l’Hexagone ? C’est possible

Vous lisezRouler au marc de raisin dans l’Hexagone ? C’est possible
7 min

Depuis trois ans, Raisinor France, leader mondial de la commercialisation d’huile de pépins de raisin alimentaire par la société Provence Huiles, fabrique un carburant à partir du marc de raisin récolté auprès des viticulteurs français. Si ce biocarburant vertueux ne remplacera pas à lui seul le gazole en France, il est le fruit d’une démarche novatrice d’économie circulaire au service des territoires. Une démarche qui inspire au-delà de nos frontières, et au-delà de la seule filière viticole. Rencontre avec Jérôme Budua, directeur de la Société d'intérêt collectif agricole (SICA) basée à Coutras, en Gironde.

Comment, de leader de l’huile de pépins de raisin alimentaire, devient-on un producteur de bioéthanol pionnier dans la mobilité durable ?

Jérôme Budua – J’aime à dire que la filière vinicole est la filière de dépollution de la filière viticole. La vocation de la SICA Raisinor France, dont sont adhérentes 25 distilleries réparties dans toutes les régions viticoles du pays, est de récupérer le marc de raisin auprès des producteurs de vin pour en valoriser au mieux les différentes matières. Des pépins, on extrait l’huile qui sert pour l’alimentaire – vendue en grande partie à Lesieur – mais aussi comme biocombustible pour les chaudières biomasse de nos distilleries. De la peau du raisin, on extrait l’alcool resté après le pressurage en cave : c’est cet éthanol qui va servir de base pour les biocarburants – notre activité principale –, mais aussi pour des usages industriels comme antigel et solvant.

Jusqu’en 2016, nous vendions l’éthanol aux distributeurs pétroliers qui l’incorporaient dans leur base essence pour faire du SP95-E10 ou de l’E85 (avec respectivement 10 % et 85 % d’éthanol). Depuis cette date, nous produisons aussi nous-mêmes de l’ED95 (95 % d’éthanol) à destination des transporteurs de voyageurs et de marchandises, car ce carburant est adapté aux seuls véhicules poids lourds. Ce bioéthanol est dit de « génération avancée », parce qu’il est issu de résidus végétaux et n’entre pas en concurrence avec les cultures alimentaires – on ne va pas planter de la vigne demain pour faire de l’ED95.

C’est un concept que nous avons importé de Suède et adapté au marché français. L’idée est née en 2010, lorsqu’une directive européenne énergie est venue sensibiliser les professionnels sur la nécessité de trouver des alternatives au gazole : avant, ceux-ci recherchaient surtout un prix, pas le côté vertueux du carburant. Nous avons donc entamé la démarche d’homologation… qui aura pris 6 ans !

 

Pourquoi un tel délai ?

J. B. – Il y a d’abord eu 2 ans de tests, puis 4 ans de lobbying de la part d’un monde de l’énergie dans lequel nous n’étions pas forcément les bienvenus, ayant la maîtrise de la ressource jusqu’à la distribution du produit final – nous fabriquons l’ED95 dans nos distilleries et livrons directement les transporteurs à leurs dépôts. Heureusement, nous avons bénéficié d’un très fort soutien des différents ministères qui ont travaillé avec nous.

 

En quoi l’ED95 est-il un levier essentiel dans la transition écologique en France ?

J. B. – Il ne faut pas croire que c’est la solution qui remplacera le gazole. Simplement, parce qu’on n’a pas les ressources nécessaires pour alimenter tous les véhicules – c’est vrai pour le marc de raisin comme pour tous les autres résidus végétaux d’ailleurs. Il permettra plutôt de répondre au mix énergétique de demain, en fournissant une solution locale. Car l’idée est de répondre en priorité à la demande des régions viticoles – et la France n’en manque pas : Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Paca, Grand Est, Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de la Loire, Bourgogne-Franche-Comté. Toutes ces Régions sont aujourd’hui sensibilisées et travaillent avec nous – ce sont elles qui arbitrent sur les énergies qu’elles souhaitent voir se développer sur leur territoire – au déploiement de l’ED95. Plusieurs lignes d’autocars l’ont testé récemment en Nouvelle-Aquitaine.

De fait, cette solution offre tout ce qu’un décisionnaire recherche aujourd’hui : elle est intéressante à la fois sur le plan environnemental – l’analyse du cycle de vie démontre une excellente performance en termes d’émissions de gaz à effet de serre (-90 % de CO2,-50 % de Nox et quasiment pas de particules, grâce aux nouvelles motorisations, pour une utilisation locale) – et dans une perspective d’économie circulaire, puisque les Régions ou les opérateurs vont acheter un carburant produit localement, qui bénéficie aux filières installées sur le territoire et donc à l’emploi.

 

Vous considérez-vous comme un pionnier dans la mobilité durable en France ?

J. B. – Disons que nous avons su nous montrer novateurs, au sens où Raisinor France a très vite dépassé sa vocation première en faisant de la R&D, en participant à des conférences, ce qui nous a permis de développer un réseau dans les solutions énergétiques alternatives et de saisir l’opportunité d’importer le concept suédois de l’E95 en 2010. À l’époque, s’appuyer sur les analyses du cycle de vie comme j’ai pu le faire n’était pas une pratique habituelle, alors qu’aujourd’hui l’Europe demande aux États membres d’arbitrer en fonction de cette base dans leurs choix de solutions. Nous avons eu la chance d’être soutenus à fond par la filière viticole, qui voyait d’un très bon œil l’idée que ses déchets permettent de transporter les enfants à l’école ou encore les touristes.

Et puis, depuis une petite année, nous avons bénéficié d’une médiatisation qui a suscité l’intérêt des filières viticoles de pays voisins : plusieurs opérateurs étrangers sont venus à nous, pour observer ce que nous avons mis en place sur la partie éthanol comme sur la partie huile de pépins de raisin d’ailleurs, pour laquelle nous avons obtenu il y a quelques mois le label « Origine France garanti » ; avec certains, nous discutons actuellement d’éventuels partenariats. Notre petite expérience dans les démarches d’homologation nous a valu aussi de participer à des groupes de travail au sein des ministères. Venant du monde agricole, nous n’avons pas trop l’habitude de nous mettre sous le feu des projecteurs. Autant dire que nous n’imaginions pas que ce rayonnement irait au-delà des frontières !

 

Travaillez-vous sur de nouveaux projets ?

J. B. – Oui, nous regardons de nouvelles technologies, que ce soit de motorisation ou autour d’autres déchets agricoles. Je ne peux pas en dire plus aujourd’hui mais nous sommes en contact avec d’autres filières à l’étranger. Ce qui est sûr, c’est que ces nouveaux carburants alternatifs ne seront pas pour demain : pas tant par manque de savoir-faire que pour une question de coût. Mais nous ne comptons pas nous arrêter à l’ED95.


Résumé de l’entretien

Depuis 2016, la SICA Raisinor France, qui réunit 25 distilleries adhérentes réparties dans toutes les régions viticoles du pays, produit de l’ED95, un bioéthanol de « génération avancée » issu du marc de raisin à destination des transporteurs de voyageurs et de marchandises. Cette solution avant tout locale – à elle seule elle ne remplacera jamais, faute de ressources suffisantes, le gazole – offre aux régions viticoles françaises une alternative énergétique idéale pour faire rouler leurs flottes captives, tant sur le plan environnemental que dans une perspective d’économie circulaire. Le fruit d’une démarche novatrice de la part de Raisinor France, qui travaille déjà à développer d’autres solutions au-delà de la seule filière viticole.


Pour recevoir toutes nos publications, abonnez-vous à notre  newsletter .

Intéressé ? Laissez-nous votre email.Nous vous préviendrons dès l’ouverture des candidatures.

Chargement …

Le respect de votre vie privée est notre priorité.

Nos partenaires et nous-mêmes utilisons différentes technologies, telles que les cookies, pour personnaliser les contenus et les publicités, proposer des fonctionnalités sur les réseaux sociaux et analyser le trafic.
Merci de cliquer sur le bouton ci-dessous pour donner votre accord.